Depuis 2021, les communautés en ligne pour freelances ont explosé en France. Le format est souvent le même (une plateforme type forum avec thématiques communes, un abonnement mensuel ou trimestriel, des événements Zoom pour créer du lien, …) et ce business model est devenu une norme pour tout créateur de contenu avec une audience.
Mais à partir de 2023, j'ai commencé à observer un truc qui m'a fait tiquer : l'engagement qui baisse.
J’avais commencé à le voir dans ma propre communauté Inside Freelancing, mais en échangeant avec mes pairs je me suis rendu compte que c’était vrai pour tout le monde. À tel point qu’on a commencé à voir de nombreuses communautés fermer leurs portes.
Dans cet épisode solo, je partage pourquoi je pense qu'on est à un point de bascule, et pourquoi le futur des communautés passe par un modèle hybride qui mêle en ligne et présentiel local.
D'où vient le modèle des communautés en ligne (et pourquoi ça a explosé pendant le Covid)
La première fois que j'ai découvert ce modèle, c'était via Pat Flynn et son podcast Smart Passive Income, un des premiers créateurs de contenu business que j'ai suivi. Le principe est simple : une plateforme (Slack, Discord, Circle.so, Mighty Networks, School Maker, etc.) où des membres paient un abonnement pour accéder à un fil d'actualité, des profils, des événements, des ressources, et surtout interagir entre eux.
En France, le modèle a vraiment décollé pendant le Covid. Début 2020, j'avais organisé un apéro dans un bar à Paris entre auditeurs de mon podcast. L'énergie était énorme : des gens qui se connaissaient d'internet se rencontraient en vrai, et se rendaient compte qu'ils n'étaient pas seuls à vivre cette aventure freelance dans leur coin. Quand les confinements sont arrivés, j'ai voulu recréer cette énergie en ligne. C'est comme ça qu'est née Inside Freelancing, au deuxième confinement de novembre 2020.
Entre fin 2021 et début 2022, il y a eu une explosion de créations de communautés thématiques pour les freelances. Le modèle était devenu une norme, presque un passage obligé pour tout créateur de contenu.
Le constat qui m'a fait tiquer : la baisse d'engagement depuis 2023
Ce que j'observe depuis le printemps 2023, c'est une baisse d'engagement dans quasiment toutes les communautés en ligne. Moins de gens qui se connectent, publient, interagissent. Je le vois dans nos propres statistiques chez Inside Freelancing, et je le vois chez les autres animateurs de communauté avec qui j'en parle.
Il y a des facteurs sur lesquels on a le contrôle : est-ce que je propose plus ou moins d'événements, est-ce que je vais rechercher de nouveaux membres, communiquer avec nos membres actuels sur d’autres canaux pour les pousser à se connecter etc…
Mais il y a aussi un mouvement plus global, qui ne dépend pas des communautés elles-mêmes. On est sortis de l'ère post-Covid où les gens ne voulaient interagir que par écran. On a envie de retrouver la vraie vie, le présentiel, le physique. Les freelances, surtout ceux qui travaillent majoritairement chez eux, sont des êtres humains avec cette soif de rencontres réelles que nous avons tous et toutes naturellement.
Et ces rencontres c’est justement ce qui apporte le plus dans les communautés : les moments partagés, les souvenirs créés, le réseau qui se construit…
Mais le faire uniquement via un écran, ce n’est plus suffisant.
La vraie valeur d'une communauté : l'intelligence collective, pas l'animateur-star
Quand on y réfléchit, la valeur d'une communauté ne se trouve pas dans l'animateur, même si c’est certainement une des raisons pour lesquelles on s’inscrit au départ. La vraie valeur d’une expérience communautaire se trouve dans la multiplication des interactions entre tous les membres, et dans l'intelligence collective qui émerge de ces partages.
Les communautés les plus puissantes et les plus vibrantes sont d’ailleurs celles où l'animateur n'est plus indispensable. Je ne cesse de le répéter à nos membres : tant que les interactions ici dépendent ( de mon investissement personnel, on passe à côté de quelque chose. Le but, c'est que la communauté vive sans que la personne qui l’a initié·e soit contrainte de tout animer.
C'est un point important pour toute personne qui a créé ou veut créer une communauté en ligne : si tu es le seul moteur, tu es le plafond.
Le modèle hybride : le futur des communautés en ligne
Toutes ces réflexions me mènent à la conviction suivante : je pense qu'on doit sortir de la dichotomie en ligne / présentiel.
Le futur des communautés se trouve dans des modèles hybrides, surtout si la communauté veut continuer de grandir et toucher plus de personnes.
Deux manières de le faire :
- Les grands événements nationaux : réunir toute la communauté en ligne à un endroit, tous les ans ou tous les trimestres. C'est ce qu'a très bien fait Killian Tallin avec sa communauté à l’époque baptisée “le Cercle des Créateurs” et sa "Maison des Créateurs", un lieu physique où il réunit les membres pour des week-ends réguliers. Ces retrouvailles dans la vraie vie sont devenu des rituels centraux dans l’expérience de la communauté.
- Les événements locaux décentralisés : des petits groupes locaux, dans plusieurs villes, animés par les membres eux-mêmes, décorrélés de l'animateur principal.
Le modèle : un groupe national en ligne avec toutes les ressources, les cours, les événements, et des communautés locales qui se retrouvent en présentiel pour pratiquer, échanger, appliquer.
Exemple concret : imaginons un cours en ligne sur la régulation du système nerveux avec des techniques de respiration. Le groupe local pourrait ensuite se dire "faisons une session pratique, on se retrouve tous les 15 jours pour pratiquer cette technique ensemble".
Ça engage en présentiel, on vit des choses, on optimise ce qui s'est passé en ligne, et on revient en ligne avec de l'énergie. Ça crée une expérience beaucoup plus complète et engageante.
Le défi organisationnel du modèle hybride
Passer au modèle hybride demande un niveau de structuration bien plus élevé que le tout-en-ligne. Il y a de nouvelles questions à régler dans le fonctionnement de la communauté comme par exemple :
- Comment animer ces groupes locaux ? Qui anime, comment, est-ce que les animateurs sont rémunérés ?
- Comment trouver des interactions gagnant-gagnant entre les membres qui animent localement et le niveau national de la communauté ?
- Comment optimiser le recrutement ? Si des personnes découvrent la communauté par les clubs locaux, ou par internet, est-ce le même processus ?
En tant que créateur de communauté, je ne peux pas me déplacer et faire un tour de France tous les mois pour animer un événement dans chaque ville. Mais je ne peux pas non plus disparaître complètement si je suis une des raisons pour lesquelles les membres s’inscrivent à ma communauté et pas une autre. Il faut trouver l'équilibre, et ce n’est pas simple.
La bonne nouvelle, c’est que cette complexité organisationnelle va certainement faire naître des modèles de communautés très différents, et recréer de la lisibilité sur le marché. Là où il y avait une uniformisation de l’offre des communautés (mis à part l’attachement au créateur ou la créatrice), il y aura maintenant de nouveau de la différence dans l’expérience proposée.
La recomposition du marché des communautés
Le marché des communautés d’entrepreneur·es est en train de se recomposer avec de nouveaux défis, dont notamment le fait de se frotter au présentiel.
Je pense que les personnes qui se sont lancées dans le modèle de la communauté en ligne pour les mauvaises raisons (notamment par opportunisme financier du fait des marges immenses sur ce genre de produit) ne vont pas passer le cap du présentiel. Ça demande trop d'engagement financier, énergétique et temporel.
À mon sens, le marché va se recomposer en trois modèles :
- Les modèles traditionnels purement présentiels (type BNI), très structurés, très locaux, sans grande couche numérique.
- Les petites communautés très spécialisées, purement en ligne, avec un animateur hyper impliqué pour maintenir l'engagement. Ça reste viable, mais ça plafonne, et ça demandera d’être très niché sur une thématique précise.
- Les modèles hybrides qui articulent plateforme numérique nationale et groupes locaux en présentiel. C'est là que je pense que le futur se joue, et c'est le virage que j’aimerais prendre avec notre communauté.
Les communautés qui réussiront à construire ce modèle hybride auront une autoroute devant elles, et ça va devenir un marqueur de différenciation clé.
Mon engagement public notre communauté : La Maison des Horizons
Cet épisode, c'est aussi un épisode “build in public” de ma propre communauté. Inside Freelancing (qui s’appelle maintenant “La Maison des Horizons”) va devenir une communauté hybride pour les freelances francophones, avec un groupe national en ligne et des groupes locaux partout en France. Nos premières villes et nos premiers événements sont déjà en cours de lancement.
Je fais cet épisode publiquement pour m'engager. Si tu as une communauté ou que tu fais partie d'une communauté à laquelle tu tiens, je pense vraiment que le futur se trouve dans ces modèles hybrides.
FAQ : le futur des communautés en ligne
Pourquoi l'engagement baisse dans les communautés en ligne ?
Depuis 2023, on observe une baisse d'engagement dans quasiment toutes les communautés en ligne. Les causes : la fatigue de l'écran post-Covid, l'envie de retrouver le présentiel, et le fait que la valeur réelle d'une communauté réside dans les rencontres humaines, pas dans les messages sur une plateforme.
Qu'est-ce qu'une communauté hybride ?
Une communauté hybride combine une plateforme en ligne (ressources, cours, événements nationaux) avec des groupes locaux en présentiel, animés par les membres eux-mêmes. Le but : créer des expériences plus riches que le pur digital, et décentraliser l'animation pour que la communauté vive sans dépendre d'un seul animateur.
Comment créer une communauté hybride ?
Les deux approches principales : les grands événements nationaux réguliers (rassemblement de toute la communauté à un endroit), ou les événements locaux décentralisés (petits groupes dans plusieurs villes, animés par les membres). Le défi principal est l'organisation : animation, rémunération des animateurs locaux, équilibre financier.
Une communauté en ligne purement digitale peut-elle survivre ?
Oui, mais elle restera une petite communauté très thématique avec un animateur très impliqué. Les communautés purement digitales qui veulent grandir devront passer au modèle hybride. Le tout-numérique plafonne, sauf sur des niches très ciblées.
Quel outil pour créer une communauté en ligne ?
Plusieurs plateformes existent : Mighty Networks (c’est l’outil que j’utilise pour notre communauté), Circle.so, Slack, Discord, School Maker. Le choix dépend du format (abonnement, événements, cours) et de l'audience. L'outil compte moins que la capacité à animer et à décentraliser l'engagement.