J'organise régulièrement des séminaires et colivings entre entrepreneurs, et à chaque fois j'y croise des indépendant·es et freelances qui font encore leurs factures à la main sur InDesign ou Excel avant de les balancer par mail à leurs clientes.
Bientôt, ce sera interdit de fonctionner comme ça en France.
Le 1er septembre 2026, la France entre dans l'ère de la facturation électronique obligatoire. Vous en avez certainement entendu parler sur les réseaux sociaux, mais c'est bien une nouvelle loi obligatoire qui entre en vigueur. Et si tu es indépendant·e, micro-entrepreneur·e ou freelance, tu es concerné·e. Même en franchise de TVA.
La bonne nouvelle ? C'est beaucoup plus simple à mettre en place que ce que les articles administratifs veulent bien te faire croire. Trois étapes simples, et tu es en règle.
Je t'explique tout : ce que change la réforme, les deux dates à retenir, la to-do exacte, et pourquoi, en vrai, ça va plutôt te simplifier la vie ! (même si oui, tu vas devoir choisir un nouvel outil)
C'est quoi la facturation électronique (et pourquoi ça change tout)
La facturation électronique, c'est l'obligation pour toutes les entreprises établies en France d'émettre et de recevoir leurs factures via une plateforme agréée par l'État, au lieu de les envoyer par email ou en version papier.
Avant cette nouvelle législation : des millions de factures transitaient chaque jour entre entrepreneur·es et client·es par e-mails, ou même en version uniquement papier. Ce qui rendait impossible pour l'État d'avoir un réel suivi des transactions.
Après que la loi sera intégralement entrée en vigueur : toutes les transactions B2B devront être référencées dans des outils agréés par l'administration française grâce à un suivi de pièces comptables associées (c'est à dire, chaque facture envoyée et reçue).
L'idée phare de la réforme, c'est de centraliser les informations sur les achats et ventes des entreprises en France pour que l'administration puisse accéder à une traçabilité de toutes les transactions.
Selon la page officielle du gouvernement, cette réforme s'applique à toutes les entreprises assujetties à la TVA, "cela comprend notamment les indépendants, les professions libérales et les micro-entrepreneurs, qu'ils facturent ou non la TVA".
Donc oui, même si tu es en franchise en base de TVA (micro-entreprise), tu es concerné·e.
D'ailleurs, si jamais la TVA c'est quelque chose d'obscur pour toi, je te recommande cet article sur la TVA en freelance.
Les deux dates qui changent tout : septembre 2026 et septembre 2027
La réforme de la facturation électronique se déploie en deux temps. Deux dates à graver dans ton agenda.
1er septembre 2026 : recevoir les factures via une plateforme agréée
À partir de cette date, toutes les entreprises doivent être en mesure de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée par l'État. Concrètement : dès qu'un fournisseur français assujetti à la TVA t'envoie une facture, elle arrivera directement dans ta plateforme.
Cette obligation s'applique à tout le monde : micro-entreprises, PME, grandes entreprises. L'Urssaf le confirme sur sa page dédiée au sujet : "la facturation électronique devient obligatoire pour toutes les entreprises assujetties à la TVA" dès cette date.
Tes dépenses auprès de fournisseurs hors du cadre légal des fournisseurs français assujettis à la TVA (abonnements à des logiciels d'entreprises US, achats auprès d'entreprises en franchise TVA, etc.) ne rentrent pas dans ce flux.
1er septembre 2027 : émettre tes factures et faire l'e-reporting
Un an plus tard, c'est l'étape 2. Les PME et micro-entreprises devront être en mesure d'émettre leurs factures via une plateforme agréée, et ainsi générer un récapitulatif de toutes leurs transactions (achats/ventes) pour l'administration.
C'est à ce moment-là que c'est fini pour de bon les factures générées sur InDesign ou Word, les ami·es. Toutes les ventes B2B devront être saisies via le protocole normé par ta plateforme de facturation agréée.
En centralisant toutes tes factures d'achat et de vente B2B au même endroit, la plateforme pourra envoyer chaque mois un récapitulatif de tes transactions à l'administration. C'est ce qu'on appelle l'e-reporting, obligatoire à partir du 1er septembre 2027 pour les micro-entreprises assujetties à la TVA.
La to-do exacte pour être en règle avant septembre 2026
Il y a trois étapes à suivre.
1. Choisis une plateforme agréée par l'État
La Direction générale des Finances publiques (DGFiP) a publié une liste officielle de plateformes agréées. Tu la trouves sur le site du gouvernement.
Si tu utilises déjà un outil de facturation en ligne, vérifie qu'il apparaît dans cette liste. La plupart des solutions connues ont obtenu l'agrément. Si ton outil n'y est pas, il faudra en changer.
Si tu n'as pas encore d'outil, consulte la liste, compare les offres (plusieurs proposent des abonnements gratuits couvrant la réception de factures - la première étape de la loi), et choisis celle qui te convient. L'important c'est que l'outil soit agréé et que tu te sentes bien dedans. Garde en tête qu'en 2027 tu devras aussi émettre tes factures via la même plateforme. Ça vaut le coup de choisir un outil que tu vas garder.
2. Signe le mandat électronique
Une fois ton compte créé sur la plateforme de ton choix, l'outil te proposera de signer un mandat électronique pour valider officiellement ton choix. Si tu ne reçois pas de proposition automatique, tu trouveras dans le menu de ton outil un onglet ou un bouton pour valider cette étape.
Ce mandat permet de communiquer aux services de l'administration que tu as choisi telle ou telle plateforme, et que tu es bien en règle. Tu verras, c'est très simple, ça se fait en quelques clics.
Une fois ton mandat signé, c'est l'outil qui le transmet aux services de l'État. Tu n'as rien à faire de plus.
3. Récupère ton adresse de facturation électronique
Après ces deux étapes, tu recevras par e-mail une "adresse de facturation électronique" : un numéro composé de 9 chiffres. C'est en quelque sorte l'identifiant de ton entreprise dans la base de données de l'État.
Il faudra communiquer ce numéro à tes fournisseurs lorsque tu passes commande ou achètes une prestation. Il existe un annuaire sur le site du gouvernement où on peut retrouver le numéro de facturation électronique de n'importe quelle entreprise en faisant une recherche par nom ou SIRET.
Et voilà. Après ces trois étapes, tu es prêt·e pour l'entrée en vigueur de la première phase de la réforme.
B2B vs B2C : ce qui change selon tes client·es
La distinction entre B2B et B2C est essentielle pour comprendre ce qui te concerne vraiment.
Si tu travailles avec des entreprises (B2B) : tes factures passent par la plateforme de facturation électronique. C'est l'obligation principale de la réforme.
Si tu travailles avec des particuliers (B2C) : tes factures ne passent pas par la plateforme de facturation électronique (car tes client·es ne te demandent généralement pas de facture mais un reçu). Mais ta plateforme enverra automatiquement un récapitulatif de ton chiffre d'affaires et de ta TVA à l'administration. C'est l'e-reporting, et c'est obligatoire.
Selon impots.gouv.fr, même les entrepreneurs qui n'émettent pas de facture ou qui facturent sans TVA sont concernés par la réforme. L'e-reporting s'applique à toutes les transactions, y compris celles qui ne donnent pas lieu à une facture au sens classique.
Pourquoi cette réforme, en vrai, c'est plutôt une "bonne" nouvelle
Je sais qu'on peut avoir tendance à voir ce genre de réformes comme une contrainte qui nous "fait chier", plus qu'autre chose. Une obligation administrative de plus.
Mais en réalité, le fait que toutes tes factures fournisseurs soient centralisées dans un outil plutôt qu'éparpillées à droite à gauche dans une boîte mail qui déborde, en vrai, c'est une bonne nouvelle.
Une fois qu'on aura passé la première petite vague du choix de plateforme, tout ça va te simplifier la vie. Fini les factures perdues dans les spams, fini les PDF qu'il faut renommer à la main, fini les exports comptables manuels. La plateforme fait le tri pour toi.
C'est pour ça que le choix de ton outil est important. Prends le temps de regarder la liste des plateformes agréées, compare les offres, et fais ton choix en pensant à l'étape 2 de 2027.
FAQ : facturation électronique 2026
Un PDF envoyé par email suffit-il comme facture électronique ?
Non. Un simple PDF envoyé par email ne respecte pas les nouvelles règles de transmission. La facture électronique doit transiter par une plateforme agréée (PA) qui utilise un format normé. Le PDF n'est qu'un format d'affichage, pas un format de transmission conforme.
Suis-je concerné·e si je suis en franchise de TVA (micro-entrepreneur) ?
Oui. Les micro-entrepreneurs sont juridiquement assujettis à la TVA, même s'ils bénéficient d'une franchise en base. La réforme les concerne donc. Selon impots.gouv.fr, "franchisé en base, micro-entrepreneur ou auto-entrepreneur, suis-je concerné par la réforme de la facturation électronique ?" La réponse est oui.
Qu'est-ce que l'e-reporting ?
L'e-reporting, c'est le récapitulatif mensuel de tes transactions (achats et ventes) que ta plateforme agréée envoie automatiquement à l'administration. Il devient obligatoire à partir du 1er septembre 2027 pour les micro-entreprises assujetties à la TVA. Il couvre aussi les transactions B2C qui ne donnent pas lieu à une facture électronique au sens classique.
Que se passe-t-il si je travaille uniquement avec des particuliers (B2C) ?
Tes factures ne passent pas par la plateforme de facturation électronique. En revanche, ta plateforme enverra un récapitulatif de ton CA et de ta TVA à l'administration (c'est l'e-reporting). Tu dois donc quand même choisir une plateforme agréée et signer le mandat.
Quelles sont les sanctions en cas de non-respect ?
La réforme prévoit des sanctions pour les entreprises qui ne se mettent pas en conformité. Au-delà des amendes administratives, c'est surtout le risque de blocage de ta TVA déductible qui doit t'alerter : une facture non reçue via une plateforme agréée ne sera plus considérée comme conforme, et donc non déductible. Mieux vaut s'y mettre avant septembre 2026.