Passer à la TVA en freelance : 4 erreurs qui coûtent des milliers d'euros (et comment les éviter)

Épisode 96 du podcast Young, Wild & Freelance.

Le passage à la TVA est un des sujets qui fait le plus peur aux freelances et auto-entrepreneurs. À juste titre : chaque année, des centaines de personnes se font avoir par des erreurs de gestion qui peuvent coûter plusieurs milliers d'euros. J'en sais quelque chose, j'ai moi-même dû rembourser 3 000€ à l'administration française après une erreur de saisie dans une déclaration de TVA.. Dans cet épisode du podcast, j'ai interrogé Émilien Pécoul, co-fondateur de SuperIndep, pour produire enfin la ressource la plus complète qui existe sur la TVA en freelance. Et spoiler : je suis loin d'être le seul à faire des erreurs, et ça peut coûter très très très cher…

Pourquoi la TVA fait peur aux freelances (et pourquoi c'est légitime)

La micro-entreprise est censée être un statut "simplifié" pour les entrepreneur·es qui se lancent. Sauf que "simplifié" ne veut pas dire "simple". Sur la TVA, le moindre écart peut se transformer en facture de plusieurs milliers d'euros, souvent deux ans après l'erreur, quand l'administration revient te contrôler. Et le pire : la plupart des freelances ne savent pas qu'ils ont fait une erreur avant de recevoir le courrier.

La TVA, c'est une forme d'impôt que tout le monde paie peu importe son niveau de revenu à chaque fois qu'on réalise un achat (mis à part pour certains rare produits et services qui sont exemptés de TVA). Tu connais certainement le principe de la TVA en tant que consommateur, mais voici comment ça fonctionne pour ton business : les entreprises collectent la TVA pour le compte de l'État à chaque vente, avant de la reverser tous les mois ou trimestres au fisc. En échange, elles peuvent déduire la TVA de leurs propres achats pro. C'est pour ça qu'en B2B, être à la TVA est souvent un avantage, pas un handicap : tu peux acheter ton matos "hors taxes".

Le statut de micro-entreprise a été créé (sous la présidence de Nicolas Sarkozy) pour simplifier la comptabilité des entrepreneur·es en début d'activité : en dessous d'un certain seuil de chiffre d'affaires, pas de TVA à collecter. Ça permettait de faire ses premiers milliers d'euros de chiffre d'affaires avant de passer à un statut plus structuré.

En 2018, le plafond de la micro-entreprise a été doublé (sous la présidence d'Emmanuel Macron), passant à 77 000€ pour les prestations de service. Et le seuil de TVA, lui, n'a pas suivi. Résultat : un auto-entrepreneur peut parfaitement dépasser le seuil de TVA, tout en restant dans son statut de micro-entreprise. Auparavant les deux statuts (celui de la micro-entreprise, et celui de la TVA) étaient alignés. Il n'y avait pas trop de questions à se poser.

Le fait d'avoir deux seuils différents embrouille donc plus d'un·e entrepreneur·e sur le sujet… D'où les erreurs!

La métaphore de la bouteille d'eau (pour comprendre la TVA en 30 secondes)

Dans l'épisode de podcast, Thomas utilise une image pour expliquer le fonctionnement de la TVA : imagine que tu as deux bouteilles d'eau.

  • À chaque vente, tu remplis l'une des bouteilles. C'est la bouteille de "collecte".
  • À chaque achat professionnel que tu fais avec ton entreprise, tu prends un peu d'eau dans la bouteille de collecte, et tu la verses dans l'autre bouteille (la bouteille des déductions)
  • À plusieurs reprises dans l'année (mensuel, trimestriel ou annuel selon ton régime), tu déclares à l'État le niveau de la bouteille de collecte.

S'il y a de l'eau dedans, tu la rends à l'État, puisque que tu l'as collecté pour son compte.

Si tu es en négatif (tu as dépensé plus que vendu), l'État note que c'est eux qui te doivent quelque chose, et le mois prochain ce sera pris en compte.

Chaque bouteille est enfait une sorte de tirelire :

  • La tirelire de collecte de l'argent issu de la TVA
  • La tirelire de déduction avec la part de TVA déduite de tes achats.

Bon, cette métaphore est peut-être tirée par les cheveux mais tu comprends le principe je pense ?

Les seuils de TVA en 2026 : les chiffres à connaître

En 2026, les seuils de franchise en base de TVA sont les suivants :

  • Pour les prestations de services (BIC ou BNC) :
    • Seuil de franchise : 37 500€
    • Seuil majoré : 41 250€
  • Pour les ventes de marchandises :
    • Seuil de franchise : 85 000€
    • Seuil majoré : 93 500€
Les seuils de TVA en 2026 selon le site du gouvernement

Trois règles à retenir :

  1. Tu dépasses le seuil majoré ? Tu bascules à la TVA dès le mois du dépassement. Tout ce qui a été facturé avant reste HT, tout ce qui suit est TVA.
  2. Tu dépasses le seuil de franchise mais pas le majoré ? Tu restes en franchise jusqu'à la fin de l'année. Mais si tu le dépasses deux années de suite, tu bascules au 1er janvier de l'année suivante.
  3. Le pro-rata existe. Si tu te crées en novembre et que tu encaisses 20 000€ en décembre, tu n'as pas dépassé le seuil majoré en valeur absolue, mais au pro-rata (20 000€ sur 2 mois annualisés = 120 000€ sur 12 mois. Soit bien au-dessus du seuil). Tu bascules quand même.

Le point crucial qu'il ne faut pas oulier : en micro-entreprise, ton chiffre d'affaires, c'est ce que tu encaisses, pas ce que tu factures. Si tu factures 10 000€ en décembre mais que tu encaisses en janvier, c'est en janvier que ça rentre dans le calcul de ton CA. Ça change tout pour le calcul du seuil.

Les 4 erreurs courantes au moment de passer à la TVA quand on est freelances

Erreur n°1 : rater le dépassement de seuil (12 000€ de régularisation)

Shayne, freelance arrivé de l'étranger, raconte :

« Je ne savais pas qu'une fois qu'on commence à facturer la TVA, il faut continuer sur toutes les factures futures, mêmes celles de l'année suivante. Chaque année j'ai facturé la TVA seulement à partir du moment où je suis arrivé au seuil. Pendant deux ans, je n'ai pas facturé la TVA sur environ 60 000€. Résultat : j'ai dû payer 12 000€ de ma poche, et je suis en train de récupérer la moitié auprès de mes clients passés. Certains n'ont pas répondu du tout. C'était la galère totale... »

L'erreur légitime : Shayne pensait que la TVA revenait à zéro chaque année. C'est faux. Une fois que tu dépasses le seuil majoré, tu es à la TVA pour le restant de ton activité. La TVA se facture sur tout, à partir du mois du dépassement, sans retour en arrière.

La galère supplémentaire : quand tu rates le moment, tu dois refacturer les anciens clients. Concrètement, tu annules l'ancienne facture avec un avoir (légal même 3 ans après), tu refais une facture avec la TVA, et tu renvoies un mail : "désolé, je me suis trompé, tu me dois 5 000€ de TVA" (j'exagère un peu, mais selon les montants ça va vite!)

En B2B, ça passe souvent parce que le client professionnel déduit la TVA, donc ça ne lui coûte rien. En B2C, c'est pas la même histoire…. Et si l'entreprise a fermé entre temps ? L'argent est perdu.

Erreur n°2 : mal suivre ses chiffres (même avec un Excel béton)

Mégane, freelance hyper organisée, gérait sa compta sur Excel avec un fichier détaillé : nom des clients, montants facturés, statuts de paiement.

« Je suis très rigoureuse. Je savais qu'il y avait un seuil de TVA à ne pas franchir. En décembre, j'ai calculé que j'allais passer à quelques centaines d'euros près. J'ai décalé mes factures de décembre au 1er janvier pour rester en dessous. Sauf que j'avais lancé Marketing Flow avec mon associé, et on facturait tout sur ma micro. Les revenus ne se prévoyaient pas d'un mois sur l'autre. J'ai dépassé sans m'en rendre compte jusqu'à 6 mois plus tard, quand j'ai pris SuperIndep. L'équipe m'a dit : ta TVA n'est pas bonne et tu as dépassé le seuil il y a longtemps déjà! »

La leçon : un Excel que tu penses être parfait peut parfois te mener en erreur et te coûter. N'essaie pas d'optimiser le moment de passer à la TVA à l'euro près. Dès que tu te rapproches du seuil à quelques milliers d'euros près, ça vaut le coup de passer le cap directement pour éviter les ennuis.

Erreur n°3 : se planter dans les outils de l'état (3 mois de retard + pénalités)

Kévin a dépassé le seuil majoré. Il a créé son compte professionnel sur impots.gouv.fr.

« La boîte de réception est chez mes parents. J'ai reçu le code d'activation par la poste, mais comme je n'habite pas tout à côté j'ai mis du temps avant d'aller le récupérer. Quand j'ai enfin réussi à activer le compte j'ai eu un message d'erreur : "votre statut juridique ne permet pas la déclaration de TVA". J'ai dû contacter le centre des impôts, prendre un RDV 3-4 jours après, leur demander d'activer la TVA mensuelle, ... Résultat: quand ça a enfin été validé, j'avais 3 mois de retard. Deux mois plus tard, 3 lettres de mise en demeure de paiement de pénalités de retard de 10%. J'ai demandé une remise gracieuse, qui a été acceptée, mais il fallait savoir que c'était possible de demander ça ! J'utilise maintenant SuperIndep pour ne plus avoir ce genre de problème. »

La leçon : le site des impôts pro n'est pas toujours très simple à comprendre… Les bugs d'éligibilité, les délais d'activation de 1-2 mois, les courriers par la poste à une mauvaise adresse : tout ça est réel. Anticipe le passage à la TVA avant le dépassement, pas après.

Erreur n°4 : l'erreur de saisie qui revient 2 ans plus tard (ma pénalité de 3 000€)

Mon erreur à moi, Thomas : en faisant ma déclaration de TVA, j'ai confondu un acompte que j'avais payé avec le paiement complet de ma TVA. Résultat : j'ai déclaré un montant qui était totalement faux et en dessous de la réalité de la TVA que j'avais collectée.

Deux ans plus tard, je reçois un courrier de l'administration qui a contrôlé mon dossier : on me demande 3 000€ à régulariser dans les 30 jours qui suivent.

Si tu fais une erreur de déclaration, tu ne reçois aucune alerte. L'administration a 2 à 3 ans pour revenir sur ton dossier et contrôler la situation. Quand on reçoit un courrier qui demande plusieurs milliers d'euros à payer tout de suite, émotionnellement c'est dur…

La leçon : une erreur de saisie n'est jamais signalée tout de suite. Garde trace de tes déclarations, vérifie les chiffres saisis, et n'expédie pas cette étape.

Le piège du régime "simplifié" (et pourquoi le mensuel sauve)

Quand tu passes à la TVA, l'administration te propose souvent ce qu'ils appellent "le régime "simplifié"" par défaut. Le nom est trompeur : c'est simplifié pour eux, pas pour toi.

Le régime simplifié, c'est des acomptes : un premier acompte en juillet (sur ce que tu as encaissé de janvier à juin), un second en décembre (sur juillet à novembre), et une déclaration rectificative (Formulaire n°CA12) en avril de l'année suivante.

Le piège : tu crois avoir payé ta TVA quand tu n'as payé qu'un acompte. Si tu te plantes de montant, l'erreur s'accumule et s'accumule, et l'addition peut-être salée…

Ce qu'Émilien recommande pour les auto-entrepreneurs c'est de demander "le régime mensuel". Plutôt que de payer 2 acomptes sur 6 mois de collecte de TVA, tu payes chaque mois ce que tu as encaissé le mois précédent. Les erreurs sont plus petites (sur un mois ça se joue plutôt à mille euros que dix mille), faciles à corriger, et tu sais toujours où tu en es. Le mensuel n'est donc pas une contrainte mais plutôt une stratégie de minimisation du risque.

Le mandat B2B et le compte bancaire : la galère invisible

Un autre point qui est souvent oublié au sujet de la TVA est celui du mandat bancaire : pour que l'administration prélève ta TVA automatiquement, il faut un compte qui supporte les prélèvements B2B. La plupart des néobanques (N26, etc.) ne le font pas. Les banques traditionnelles le font, mais te poussent à prendre pour ça un "compte pro" qu'elles te facturent plus cher. Or, légalement, un auto-entrepreneur n'est pas obligé d'avoir un "compte pro", mais les banques peuvent l'exiger dans leurs CGV.

Résultat : ton mandat de prélèvement ne passe pas, tu dois faire les virements manuellement, tu loupe des échéances, tu prends des pénalités.

Émilien recommande de bien vérifier si le compte bancaire qu'on utilise pour son entreprise supporte les prélèvements B2B. La banque ne fait pas le travail pour toi : c'est à toi de configurer le mandat, et de vérifier qu'il passe.

La récupération de TVA : l'avantage qu'on oublie (et qui autofinance ton abonnement à SuperIndep)

Quand tu es à la TVA, tu déduis la TVA de tes achats pro : ordi, matériel, logiciels, repas clients, abonnements. C'est donc assez facile de récupérer plus de 20€ de TVA par mois, ce qui autofinance largement un abonnement à 19€/mois pour que SuperIndep gère toute ta TVA à ta place.

Le truc qui est un peu fou, c'est que la plupart des freelances ne passent pas le cap de la TVA (et donc ne récupèrent pas leur TVA sur leurs achats) par peur de se tromper.

Alors que la meilleure chose à faire est exactement l'inverse (surtout si tu bosses en B2B) : passer à la TVA et récupérer la TVA déductible sur tes achats. Ne pas la récupérer, c'est perdre de l'argent qui te reviendrait sinon dans ton compte.

Attention aux règles en revanche : sur les transports, logements, et quelques-autres catégories de dépenses, il n'y a pas de récupération possible de la TVA. Aussi, quand tu investis dans du nouveau matériel qui coûte cher (en comptabilité on appelle ça les immobilisations), des règles spécifiques s'appliquent. C'est là que l'accompagnement et le fait de déléguer ta TVA à quelqu'un d'autre prend son sens.

Que faire après le passage à la TVA : le compte séparé

Depuis que je suis passé à la TVA j'ai mis en place une pratique qui m'économise beaucoup d'angoisse dans ma gestion financière d'entreprise : un sous-compte dédié à la TVA.

À chaque encaissement, je transfère 20% sur ce compte. Je ne dépense jamais cet argent, car je sais que ce n'est pas le mien : je l'ai simplement collecté pour l'État. Quand l'échéance de paiement de la TVA arrive, l'argent est là, prêt à être reversé. Je ne regarde plus ce montant : je regarde juste ce qu'il y a dans les autres comptes pour mon usage quotidien.

C'est tout bête, mais ça m'apaise énormément. Je sais qu'il y a toujours ce qu'il faut pour donner ce que je dois à l'État et pas puiser dans ma trésorerie.

Faut-il déléguer la TVA ? La mise en perspective

Mes 3 000€ de pénalité représentent, à 19€/mois, 157 mois d'abonnement à un service comme SuperIndep. Les 12 000€ de Shayne représentent 52 ans d'abonnement. Les 30 000€ d'Émilien, c'est 131 ans d'abonnement. Il n'y a pas photo.

La vraie question au sujet de la gestion de la TVA n'est pas "est-ce que je sais le faire ?". C'est "est-ce que je vais le faire correctement à chaque échéance, pendant des années, sans jamais rater une case ?".

Un Excel parfait ne suffit pas quand tu ne sais pas ce que tu ne sais pas. La valeur d'un accompagnement, c'est d'aller chercher les infos à la source (URSSAF, impôts), pas de se baser sur ce que tu déclares. Le critère de décision est aussi financier que physiologique : un courrier de mise en demeure anxiogène, ça impacte ta capacité à te concentrer sur ton métier.

Bref, à mon sens il n'y a pas photo, l'idéal est de déléguer la gestion de la TVA à quelqu'un. Je vous recommande SuperIndep.

FAQ : passer à la TVA en freelance

Quand devient-on redevable de la TVA en micro-entreprise ?

En 2026, tu deviens redevable de la TVA quand ton chiffre d'affaires (les encaissements, pas les facturations) dépasse 37 500€ pour les prestations de services, ou 85 000€ pour les ventes de marchandises. Le seuil majoré (41 250€ et 93 500€) déclenche la TVA dès le mois du dépassement. Si tu dépasses le seuil de franchise mais pas le majoré deux années de suite, tu bascules au 1er janvier de l'année suivante.

Que se passe-t-il si on dépasse le seuil de TVA ?

Une fois que tu dépasses le seuil majoré, tu es à la TVA pour le restant de ton activité. Tout ce qui a été facturé avant reste HT, tout ce qui suit est TTC. L'erreur classique : penser que la TVA revient à zéro chaque année. C'est faux.

Quel régime de TVA choisir en freelance ?

Le régime mensuel est le plus sain pour les auto-entrepreneurs : tu payes chaque mois ce que tu as encaissé le mois précédent, les erreurs sont petites et faciles à corriger. Le régime trimestriel est possible si tu collectes moins de 4 000€ de TVA par an. Le régime "simplifié" (acomptes) est le pire pour les auto-entrepreneurs : les erreurs peuvent être colossales.

Faut-il un compte pro pour la TVA ?

Pas légalement, mais en pratique oui. Les prélèvements automatiques de TVA nécessitent un compte qui supporte les prélèvements B2B. Les néobanques ne le font généralement pas. Les banques traditionnelles le font mais exigent souvent un compte pro dans leurs CGV. Sans compte compatible, tu dois faire les virements manuellement, et tu risques de louper des échéances.

Combien coûte une erreur de TVA ?

Les pénalités de retard s'élèvent à 10% du montant dû, et augmentent avec les relances (5%, 10%, 15%). La première remise gracieuse est accordée dans 95% des cas, les suivantes rarement. Une erreur non détectée pendant 2 ans peut représenter 3 000€ (erreur de saisie), 12 000€ (seuil non facturé pendant 2 ans), voire 30 000€ (cotisations non anticipées).

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