Je suis arrivé dans le monde de la gestion d’entreprise un peu par hasard.
Après un bac S qui m’avait laissé totalement paumé (j’ai fait ça par défaut), je ne savais pas trop quoi faire ensuite.
Un ami m’a parlé d’un DUT “Gestion des entreprises et des administrations” dans une ville pas loin de chez nous.
J’ai fait la journée portes ouvertes, ça avait l’air pas trop mal, et je me suis dit : “bah les études de business ça peut toujours être utile un jour ou l’autre.”
Quelques mois plus tard, je me retrouvais plongé dans des cours de droit, de fiscalité, de marketing… et de comptabilité.
Je me souviens encore des premiers cours de compta où on m’a partagé pour la première fois la définition d’une entreprise (attention, définition comptable hein) :
“Une entreprise transforme du capital humain et du capital financier pour générer davantage de capital financier.”
Dit autrement : on injecte des ressources humaines (du temps de travail, des compétences…) et des ressources financières (des outils, des logiciels, de l’argent aussi), on fait tourner la machine, et on espère en sortir plus de valeur qu’on en a mise au départ.
À l’époque, je trouvais ça assez clair et simple à comprendre.
Mais aujourd’hui, avec une compréhension plus complète du monde et de ses enjeux (de 20 à 30 ans j’suis vachement plus mature haha), je me rends compte que cette définition est incomplète.
Parce qu’elle oublie un ingrédient fondamental.
L'élément oublié dans la comptabilité : le capital naturel
Un ingrédient que Timothée Parrique résume très bien dans son livre Ralentir ou périr. Je n’ai plus la citation exacte en tête, mais ça disait un truc du genre :
Tout ce que produit une entreprise vient, à un moment ou un autre, de la nature.
Pas un produit, pas une ligne de code, pas une idée ne flotte en dehors du monde du “vivant” et des ressources naturelles.
Même les choses les plus “immatérielles”, comme les e-mails, sont adossées à des serveurs, des ordinateurs, des satellites, des fibres optiques.
Même les services intangibles que certains freelances vendent sont rendus possibles par des infrastructures, des matériaux, de l’énergie.
Et pourtant, dans notre façon de penser et développer nos entreprises, on ne compte que deux types de capital :
- le capital humain
- le capital financier
Mais jamais le capital naturel.
Les trois types de capital à prendre en compte
Alors reprenons depuis le début.
- Le capital humain, c’est toi. C’est moi. C’est le temps, l’attention, l’énergie, les compétences qu’on investit dans notre travail.
- Le capital financier, c’est ce qu’on mobilise pour que notre activité tourne : un ordi, une chaise, un micro, un logiciel, un espace de coworking.
- Et le capital naturel ?
C’est tout ce que nos entreprises consomment sans même y penser :
- les métaux rares nécessaires pour fabriquer nos ordinateurs
- le pétrole devenu le plastique des touches de nos claviers
- l’eau utilisée pour fabriquer un t-shirt ou une carte de visite
- les terres agricoles pour nourrir les équipes
- l’air qu’on respire pour exister
Ce capital naturel est invisible dans notre comptabilité, nos business plans, nos stratégies de développement…
Mais il est indispensable.
Et il s’épuise.
Rendre visible l'invisible
Pour écrire mon livre, j’ai bouffé des centaines de pages des rapports de risque écologique, et tous sont unanimes sur la complexité de l’équation que nous devons résoudre.
Alors si on veut construire des entreprises vraiment soutenables pour le monde, on doit réintégrer ce pilier du capital naturel dans nos entreprises.
Et pour ça, il faut d’abord le rendre visible.
Quelques questions pour ça :
- De quel capital naturel est-ce que mon entreprise dépend ?
- Comment je peux en prendre soin ?
- Quel est le bilan écologique et carbone de mon mode de vie et de mon entreprise ?
Réintégrer le capital naturel dans la gestion de ton entreprise, ce n’est pas un bonus écolo ou une coquetterie militante. C’est une nécessité. Tant qu’on ne rend pas visible ce sur quoi reposent vraiment nos activités - matières premières, énergies, écosystèmes - on construit nos business sur du sable. Prendre conscience de ce capital naturel, c’est le premier pas vers une économie plus soutenable, incarnée, alignée.
Et c’est aussi une manière de reprendre le pouvoir sur nos décisions stratégiques : qu’est-ce qu’on veut faire grandir dans le monde, et à quel prix ?
FAQ — Capital naturel & écologie pour les freelances
Qu'est-ce que le capital naturel en entreprise ?
Le capital naturel regroupe toutes les ressources issues de la nature indispensables à l’activité d’une entreprise : matières premières, eau, énergie, air, biodiversité… Même les services “immatériels” reposent sur ce capital souvent invisible.
Pourquoi intégrer le capital naturel dans sa stratégie d’entreprise ?
Parce qu’il est au cœur de toute création de valeur. Le rendre visible permet de mieux mesurer l’impact écologique de son activité, de faire des choix alignés, et de contribuer à un modèle économique soutenable.
Comment mesurer l'impact écologique de mon entreprise freelance ?
Tu peux commencer par identifier :
- les ressources matérielles utilisées (ordi, serveurs, déplacements…)
- l’énergie consommée (électricité, outils numériques…)
- la fréquence de renouvellement de ton matériel
- ton mode de vie pro/perso (logement, alimentation, transport)
Des outils comme les calculateurs d’empreinte carbone ou des bilans écologiques simplifiés peuvent t’aider à y voir plus clair.