Je quitte les réseaux sociaux (alors que mon business en dépends) : voici pourquoi

Cet article à été conçu à partir de deux éditions de notre newsletter envoyées à deux semaines d'écart. Certaines éditions de la newsletter se retrouvent ici sur le site, mais la plupart restent des objets de contenu uniquement envoyé à nos abonnés. Si cette édition vous plaît, pensez à vous abonner pour recevoir les éditions suivantes.

Nous perdons notre capacité à nous concentrer

7h30. Je suis assis dans la grange de la Maison des Créateurs, devant le feu.

Je suis debout depuis 45 minutes déjà, et je lutte activement pour ne pas consulter les trois messages WhatsApp que j’ai vus s’afficher sur mon téléphone en éteignant mon réveil.

Je lis un livre que j'ai ramassé dans la bibliothèque avant de commencer ma journée de travail. Il s'appelle : « On vous vole votre attention » de Johann Hari (vous comprenez pourquoi je m’efforce de laisser de côté mon téléphone).

Dès les premières lignes, l’auteur entre dans un récit détaillé des multiples recherches réalisées au sujet d’un ressenti commun à beaucoup : nous perdons notre capacité à nous concentrer.

C’est un enjeu qui est loin d’être individuel et qui - selon les recherches qu’il cite dans le livre - frappe le monde entier. Collectivement, l’espèce humaine perd ses capacités d’attention.

Cela fait des années que j’ai conscience de ce phénomène, et que j’observe avec beaucoup de frustration ses conséquences chez moi. Comme pour beaucoup, ma relation avec mon téléphone symbolise bien ces enjeux, notamment par le nombre de fois où je le ramasse et navigue par réflexe vers les réseaux sociaux.

Ce que je redécouvre ce matin en lisant, c’est que ce geste bien ancré, et la distraction qu’il crée par rapport à ce que je suis en train de faire, peuvent me coûter jusqu’à 30 % de mes capacités cognitives (selon une étude de la Human Computer Interaction Lab) et me priver de l’état de flow nécessaire pour réaliser mon meilleur travail.

Un autre effet indésirable est la surcharge cognitive, qui vient de toutes ces stimulations que nous recevons de cet objet à écran dans nos poches. La métaphore qu'utilise Johann dans son livre m'a vraiment frappé :

Imaginez que vous ayez soif, mais que pour boire de l'eau vous allumiez face à votre visage une lance de pompier. Nous faisons subit l'équivalent de cette surcharge à notre cerveau chaque jour.

C'est notamment de cette surcharge cognitive que naissent le bruit mental incessant que beaucoup d'entre nous peuvent connaître.

Je me demande combien justement. Combien d’entre nous, freelances et entrepreneurs, nous retrouvons à travailler beaucoup plus que ce qu’on aimerait, avec une charge mentale si conséquente que nous en souffrons.

Mon sentiment est que la réponse est « trop ».

Mes tentatives infructueuses pour retrouver mon attention

Par le passé, j’ai mis en place toutes sortes de stratagèmes pour tenter de corriger ce phénomène automatique d'attraper mon smartphone dès que j'ai un petit temps de creux entre deux tâches, où dès que je dois m'attaquer à une tâche difficile.

Mettre le téléphone dans une autre pièce, le cacher loin de moi, acheter une boite qui se verrouille pendant un temps dédié, prendre un "dumb phone" en tant que téléphone perso pour laisser mon smartphone dans le bureau, ...

Chacun de ces stratagèmes a fonctionné pendant un temps, avant qu'à un moment je déraille et l’automatisme reprenne ses droits.

La volonté ne fait qu'un pas, surtout quand on sait à quel point toutes les entreprises impliquées dans la fabrication de ces objets et des outils qu'on utilise dessus (comme les réseaux sociaux) exploitent tous les biais psychologiques possibles pour qu'on y passe le plus de temps possible.

Alors régulièrement, j’ai besoin de me rappeler cet enjeu si important du soin de mon attention pour remettre en place des corrections qui me font du bien.

Même si ces corrections ne durent qu'un temps, je n'ai d'autre choix que de retenter de m'extraire de ces boucles. Fois et fois encore.

(Peut-être qu'un jour, ce sera plus durable ?)

Cette newsletter est un de ces rappels.

Pour moi, et peut-être pour toi ?

Pour qu'on tente quelque chose pour éviter qu’on nous vole notre attention.

Je vous raconterai bientôt ici dans cette newsletter ce que je mets en place pour ça. Mon désir est d'être plus radical encore pour quitter ce mode par défaut qui ne me fait pas du bien.

Thomas

PS : Si jamais c'est la première fois que vous me lisez à ce sujet, je vous recommande TRÈS TRÈS chaudement cette interview que j'avais réalisée avec Juliette de Cointet.

Une décision radicale : quitter les réseaux sociaux

ll y a quelques jours, j’écrivais une précédente édition de cette newsletter devant le feu dans la grange de la Maison des Créateurs, avec dans les mains le livre de Johann Hari : On vous vole votre attention.

J’y racontais qu’après de multiples tentatives pour corriger la situation ces dernières années, je sentais bien que mon portable reprenait une place trop grande et présente dans ma vie, et que mon attention en souffrait. De ce constat, j’ai eu envie de mettre plus de radicalité dans mes actes pour résoudre cet enjeu.

J’ai donc pris une décision drastique : plutôt que de mettre des pansements sur la plaie, je vais directement retirer la source principale du problème.

C’est ainsi que j’ai décidé de quitter les réseaux sociaux.

Cette envie vit en mois en réalité depuis des mois, voire des années.

Il y a pleins de raisons qui me poussent à prendre cette décision. Je ne pourrai pas être totalement exhaustif ici (sinon ce serait mon 2nd livre - ce qui n’est pas prévu encore, le premier est encore trop frais) mais voici les grandes lignes.

1. Les raisons personnelles

La première raison est clairement la plus présente et la plus forte : je ne me sens plus bien dans cette relation (oui, je parle de ma relation avec les réseaux sociaux).

Je vois très clairement les mécanismes qui se jouent en moi :

  • Le réflexe d’attraper mon téléphone et ouvrir LinkedIn ou Instagram dès qu’un petit vide apparaît entre deux tâches.
  • L’envie de publier quelque chose quand une tâche plus exigeante me demande de la concentration
  • Le besoin de vérifier les réactions, les commentaires, les statistiques, comme si ma valeur se jouait dans ces micro-validations.

Je comprends intellectuellement ce qui se passe. Je connais les biais psychologiques, les boucles de dopamine, la manière dont ces outils sont conçus pour capter et retenir notre attention. Mais savoir tout ça ne suffit pas à m’en extraire.

Si tu te reconnais là-dedans, ce n’est pas qu’une question de volonté personnelle. Il y a ÉNORMÉMENT de choses qui pèsent sur nos petites épaules et nous empêchent de développer des liens plus sains avec les réseaux, et par extension nos téléphones.

J’y reviens dans mon point 2.

Ce que j’observe chez moi, et qui m’inquiète, ce sont notamment les signaux suivants :

  • une fragmentation de mon attention
  • une difficulté croissante à rester concentré longtemps
  • une fatigue mentale de plus en plus forte au fil de la semaine (le week-end j’arrive plutôt bien à couper car je ne publie pas)
  • un bruit de fond permanent où je pense à mon contenu sur les réseaux

Je ne veux plus entretenir toutes ces choses.

J’ai envie de retrouver des plages de concentration profondes. J’ai envie d’écrire des choses longues, de penser des idées complexes, de travailler sans être happé toutes les dix minutes par une notification ou par une envie automatique d’aller “voir”.

J’en suis au stade où en ouvrant mon ordinateur, par réflexe, mes doigts sur le clavier tapent “Cmd + T” puis “LinkedIn” pour ouvrir un onglet et voir si j’ai des notifications.

Il est temps pour moi d’aligner mes actes avec ce que je veux vivre au quotidien : alors je pars.

2. Les raisons systémiques

Au-delà de mon cas personnel, il y a quelque chose de plus large qui se joue dans ma décision.

Je le disais plus haut : je ne suis pas un cas isolé, et ce n’est pas une question d’un manque de volonté personnelle.

Les études citées par Johann Hari dans le livre que je mentionnais en début de newsletter mesurent à quel point la perte de notre capacité de concentration est d’attention est un phénomène collectif et mondialisé.

Nous évoluons dans une société où notre attention est devenue une ressource exploitée industriellement.

Les plateformes elles-même sont en grande partie fautives, puisque leur modèle économique repose sur le temps que nous passons dessus.

Plus nous scrollons, plus elles gagnent de l’argent. Donc évidemment, tout est optimisé - par des milliers d’ingénieurs qui exploitent tous les biais psychologiques qui existent - pour que nous restions le plus longtemps possible scotché sur l’écran.

Le business model de ces entreprises les encouragent et les récompensent quand elles détournent notre attention de toutes les autres choses qu’on souhaite faire de nos vies.

Je vous recommande fortement le travail de Tristan Harris, un rescapé de la Silicon Valley, pour mieux comprendre ces enjeux.

Un autre sujet sociétal qui me travaille et fait peur par rapport aux réseaux sociaux, c’est leur impact immense sur la fragmentation, la division et le clivage de notre société. L’impact des algorithmes sur le glissement des démocraties du monde occidental est un sujet là aussi largement documenté.

De plus en plus, j’ai du mal à accepter la dissonance cognitive dans laquelle bâtir mon entreprise sur les réseaux sociaux me mets, tant je vois leur impact négatif sur le monde et la société dans laquelle je vis.

Pendant longtemps, j'ai porté le discours de rester sur ces plateformes pour "me battre et jouer le jeu de la bataille culturelle. En ce moment, je me demande si cela fait sens, et si ma contribution ne serait pas plus pertinente ailleurs pour faire advenir le monde que je veux.

Je décide donc de prendre une pause dans cette manière de "lutter" et je me dis que je me sentirai mieux d'ailleurs dans d'autres formes.

3. Les raisons stratégiques pour mon entreprise

Il y a aussi une dimension très pragmatique à cette décision, et je pense que ça m’aide à passer le pas.

Sur les réseaux sociaux parmi les presque 9000 personnes qui me suivent sur Instagram, et les 22 000 sur LinkedIn, seulement une petite partie voient véritablement mes communications quand je les publie.

Mes comptes sur les réseaux ne m’appartiennent pas. J’y suis locataire, et je n’y pas souverain.

Ça fait maintenant depuis des années que je me répète que la priorité stratégique de mon entreprise est d’augmenter le nombre de personnes abonnées à ma newsletter, puisque c’est l’endroit où je peux développer les liens et les relations les plus directes avec les personnes qui suivent mon travail et aiment les ressources pédagogiques que je construis sur l’entrepreneuriat.

Je sais à quel point il y a une corrélation forte entre le soin que je mets dans ma liste mail, les échanges approfondis que j’y tisse via des contenus comme celui que tu lis ici, et la rentabilité et les revenus de mon entreprise.

Et pourtant, dans les faits, depuis maintenant de longues années, mon réflexe premier n’est pas de créer pour ma newsletter ou mes contenus longs et fouillés.

Mon réflexe, c’était de créer d’abord pour les réseaux.

Résultat : mon énergie créative est aspirée par des contenus pensés pour des algorithmes et qui disparaissent au bout de 24h, alors que ce qui fait vraiment la résilience d’un business comme le mien, c’est :

  • une liste mail engagée
  • une audience fidèle
  • des espaces de communication dont je suis propriétaire

Je ne veux plus construire mon entreprise et ma communication sur des plateformes qui peuvent changer les règles du jeu du jour au lendemain et où les personnes qui disent vouloir me lire, m’écouter et me voir n’ont même pas accès à mon contenu.

Ici, dans une boîte mail, la relation est différente. Elle n’est pas parfaite c’est sûr - on en a tous et toutes marre de recevoir trop de mail et d’y passer du temps - mais au moins elle est plus directe.

Dans une newsletter, si quelqu'un aime mon travail, la seule chose qui la sépare de le lire c’est un clic, pas un algo qui change tous les jours.

Quitter les réseaux, m’aidera enfin à aligner mes actes avec ce que je sais être une priorité pour le futur de mon entreprise.

Concrètement comment mon départ des réseaux se matérialise

La première chose à clarifier, c’est que quand je dis “réseaux sociaux” dans mon cas je parle de Instagram et LinkedIn, les deux réseaux sur lesquels je produis du contenu court presque tous les jours et sur lesquels j’ai beaucoup beaucoup d’interactions en messagerie.

À partir de la fin de cette semaine :

  • Je ne publierai plus rien dessus
  • Je ne me connecterai plus dessus
  • Je n’interagirai plus dessus.

Un des enjeux complexes que je vais rencontrer avec cette décision de quitter les réseaux, c’est “comment continuer d’être découvert par de nouvelles personnes ?”

Pour ça, au moins à date, je vais donc laisser mes profils actifs.

Mais comme je ne vais rien y faire, je me donne cette semaine pour les optimiser à fond pour rediriger n’importe quelle personne qui arriverai dessus et y découvre mon travail vers les endroits où je vais continuer de prendre la parole.

Il y en 3 :

Si quelqu’un me découvre sur les réseaux via un ancien post, via une mention, via un partage, l’enjeu c’est qu’il ou elle passe par mon profil pour ensuite me rejoindre ailleurs.

Je mesure pleinement que je me lance dans un chantier difficile et délicat. Quand j’ai annoncé ce matin que je partais des réseaux beaucoup de personnes m’ont dit que c’était “courageux”, ou qu’elles en “rêvaient mais s’en sentait incapables”.

C’est dire à quel point ces plateformes sont centrales dans toute stratégie d’entreprise dans notre ère “moderne”.

Malgré le défi, je me sens excité. J’ai l’impression de faire un nouveau départ, et d’avoir hâte de découvrir ce qui va se passer.

J’ai déjà plein d’idées, et cette semaine je vais dérouler les premières.

Dans la prochaine édition de cette newsletter je vais te détailler les premières briques de la stratégie derrière cette décision : pourquoi je pense être capable de faire ce virage maintenant, quels leviers j’active pour y arriver, …

J’y expliquerai aussi pourquoi je ne suis pas sûr que ce soit pertinent pour tout le monde dans toutes les phases d’un business de faire la même chose que moi (alors peut-être attends de lire ce prochain e-mail avant de te lancer tête baissée dans la même direction que moi !)

Voilà, c’était un grossier résumé des raisons qui me poussent à quitter les réseaux sociaux.

Comme j'aime l'exhaustivité et la nuance, et que je savais davance que je serais frustré de ne pas pouvoir tout dire et écrire ici, j'ai enregistré un épisode de podcsat dans lequel je vais plus en profondeur sur toutes les nuances, les doutes, les peurs aussi, liées à cette grande décision que je prends.

Il dure 35 minutes, et tu peux l'écouter / le regarder ici :

Tout le meilleur pour cette semaine, et à bientôt loin des réseaux :)

Thomas Burbidge

PS : je vais lancer une discussion de groupe sur le sujet de la place des réseaux sociaux dans vos entreprises sur notre communauté, si jamais tu veux partager ton expérience dessus crée-toi un compte et rejoins-nous là-bas.

Ce contenu te plaît ?

couvre notre newsletter

Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipiscing elit. Suspendisse varius enim in eros elementum tristique.

Thank you! Your submission has been received!
Oops! Something went wrong while submitting the form.

Plus de contenus

Posture et parcours entrepreneurial
February 4, 2026

Bilan 2025 : Ce que j’ai cru être ma pire année entrepreneuriale

Posture et parcours entrepreneurial
December 8, 2025

Mon histoire de freelance et d’entrepreneur engagé

Structuration d'entreprise
December 9, 2025

Quitter le mode solo et fonder une équipe en freelance