Dans un monde où chaque notification tente de voler une part de notre énergie mentale, reprendre le contrôle de son attention est devenu un défi central pour les freelances. Entre dispersion, injonctions contradictoires et rythmes denses, comment retrouver de la présence, de la clarté et une forme de puissance intérieure ?
Dans cet épisode du podcast Young, Wild & Freelance, Thomas Burbidge reçoit Juliette de Cointet pour explorer une voie rarement abordée : une attention profonde, engagée, non comme outil de productivité mais comme fondation politique, humaine et collective.
Qui est Juliette de Cointet ?
Juliette de Cointet est enseignante laïque en méditation, formée à la tradition zen, facilitatrice de “méditation engagée” et entrepreneure indépendante basée à Paris.
Sa démarche bouscule les codes : loin d’une vision individualiste ou utilitariste, elle place la pratique de l’attention au service du discernement, du lien social, du rapport au vivant et de la justice. Elle critique la récupération “productiviste” de la méditation, et propose un autre chemin : revenir dans le corps, dans le réel, et dans la relation.
Sa voix est précieuse pour celles et ceux qui veulent sortir du pilotage automatique, retrouver une attention vivante, et réinventer un rapport plus juste à leur travail.
Résumé de l’épisode
L’épisode démarre par les résistances classiques : “la méditation, ce n’est pas pour moi”, “je n’arrive pas à m’y tenir”, “ça ne marche pas sur moi”. Juliette pose immédiatement un cadre clair : la pratique n’est pas réservée aux “calmes”, ni une quête spirituelle inaccessible. C’est un entraînement, parfois difficile, souvent irrégulier, qui demande de la patience et une forme d’honnêteté envers soi-même.
Avec Thomas, elle explore la notion centrale du retour : revenir à soi, à la respiration, au moment. Ce geste fondamental est le cœur d’une attention retrouvée. Ils distinguent la pratique profonde de sa version instrumentalisée : celle vendue comme booster de productivité ou hack mental. Juliette refuse ces logiques, rappelant que l’enjeu n’est pas d’être “optimal”, mais d’être présent.
L’épisode ouvre ensuite une perspective rarement abordée : l’attention comme ressource politique. Dans une économie qui capte, fragmente et détourne notre disponibilité mentale, la reconquête de l’attention est un geste de résistance. Reprendre ce pouvoir, c’est renforcer sa capacité à choisir, à discerner, à agir à partir d’un ancrage plutôt qu’à réagir sous la pression.
Le dialogue aborde aussi la colère, l’éco-anxiété, le militantisme, et la nécessité d’éviter l’épuisement dans les luttes. Comment continuer à agir sans se consumer ? Comment cultiver une énergie stable, un ancrage corporel, et un rapport plus doux au monde ?
Juliette y répond sans recettes magiques : la pratique est un chemin, pas une performance.
L’épisode se clôt sur une invitation : revenir dans son corps, dans le vivant, dans les relations. Faire moins mais mieux. Et se rappeler que l’attention n’est pas un outil individuel : elle est toujours relationnelle, toujours collective.
Chapitrage de l’épisode
00:00 – Casser les idées reçues sur la méditation
02:11 – Pratique irrégulière, cycles hauts/bas, retour à soi
04:44 – Le “revenir” comme geste fondamental de présence
07:10 – L’attention comme ressource politique
09:17 – Pratique profonde vs pratiques instrumentalisées
13:38 – Du yoga à la méditation : profondeur vs surface
14:21 – Surconsommation des outils de bien-être
17:07 – Méditation et récits collectifs
20:11 – Réaction vs réponse : la suspension
22:41 – Colère, militantisme et énergie juste
28:06 – Agir sans s’épuiser
31:16 – Méditation engagée et valeurs sociales
34:49 – Méditation face à l’anxiété collective
38:47 – Agir ici et maintenant
41:23 – Interdépendance et mythe de l’individualisme
46:27 – La deuxième flèche : souffrance additionnelle
51:17 – Retour au corps, sortir du mental
55:33 – Débuter sans perfectionnisme
59:45 – La pratique comme retour au monde
1:02:12 – Questions pour rester aligné·e
Idées clés de l’épisode
- Reprendre le contrôle de son attention est un acte politique dans une économie qui la capte en continu.
- L’attention n’est pas un muscle “mental” : c’est un ancrage corporel, émotionnel et social.
- Méditer ne sert pas à devenir plus productif·ve, mais à devenir plus présent·e et plus capable d’agir.
- La surconsommation des pratiques de bien-être fragmente l’attention : la profondeur vient de la continuité.
- La distinction entre réaction et réponse est centrale pour éviter la surcharge et l’épuisement.
- L’attention collective et engagée nourrit les luttes écologiques, sociales, féministes.
- La pratique n’est pas une performance : elle est irrégulière, vivante, parfois inconfortable.
- La présence retrouvée aide à sortir de la paralysie face aux crises de l’époque.
Citations marquantes
« Se réapproprier son attention, c’est un acte politique. »
« Si nos pratiques ne servent pas à être plus présents, plus bienveillants, plus engagés… je ne pense pas que ce soient des pratiques optimales. »
« La méditation n’est pas seulement pour soi. C’est pour le monde dont on fait partie. »
FAQ
Comment reprendre le contrôle de son attention quand on est freelance ?
En revenant régulièrement au corps, au silence et à la présence. L’attention se reconstruit par des gestes simples mais répétés : suspension, respiration, observation de soi et réduction des perturbateurs.
Pourquoi l’économie de l’attention impacte particulièrement les freelances ?
Parce qu’ils travaillent en autonomie, exposés en continu aux réseaux sociaux, à la comparaison et aux sollicitations numériques. Leur disponibilité mentale est leur ressource principale.
Comment éviter de se disperser avec trop de pratiques de bien-être ?
En choisissant une seule voie que l’on creuse dans la durée. L’accumulation disperse ; l’incarnation crée de la profondeur et de la stabilité.
En quoi l’attention est-elle un acte politique selon Juliette de Cointet ?
Parce qu’en la reprenant, on refuse que notre disponibilité mentale soit dictée par des systèmes qui exploitent notre vulnérabilité cognitive. C’est un geste de résistance et de discernement.
