Dans un écosystème saturé de récits héroïques, de performances mises en vitrine et de stratégies de persuasion à peine déguisées, comment construire un business qui respecte les gens, leurs limites, leurs vulnérabilités — et les tiennes ?
Dans cet épisode de Young, Wild & Freelance, Thomas Burbidge ouvre une conversation puissante avec Valentine Lagand, copywriter engagée et entrepreneure indépendante, pour remettre du soin, du consentement et de la nuance au cœur du marketing.
Une discussion qui dépasse largement la question de “mieux vendre” : elle interroge ce que signifie être indépendant·e dans un monde où l’on attend de toi que tu sois performant·e, lisse, adaptable… et silencieux·se sur tes fragilités.
À propos de Valentine Lagand
Valentine Lagand est copywriter, entrepreneure et militante féministe. Son travail mêle écriture, représentation des récits minoritaires, santé mentale et marketing éthique. Très active sur LinkedIn, elle partage sans filtre ses trajectoires, ses déclics, ses faiblesses comme ses engagements.
Diagnostiquée borderline, passée par des ruptures pro et personnelles marquantes, elle raconte avec une profonde honnêteté comment son rapport au pouvoir, à la limite et au consentement a façonné sa façon d’entreprendre.
Sa voix compte parce qu’elle montre qu’il existe d’autres chemins : plus politiques, plus lents, plus soignants — et plus humains.
Résumé de l’épisode
Thomas et Valentine démarrent par un constat simple : le marketing dominant est fondé sur des rapports de pouvoir, des biais cognitifs, et une pression constante pour “convertir”, “performer”, “scaler”. Un modèle qui laisse peu de place à la nuance, encore moins à l’éthique.
Valentine raconte comment ses propres expériences — intimes, féministes, identitaires — l’ont conduite à déconstruire tout ce qu’elle avait appris sur le marketing et la vente. Sa prise de conscience féministe, nourrie notamment par #MeToo, a ouvert une brèche : pourquoi continuer à utiliser des techniques qui reproduisent les mêmes dynamiques de domination que celles qu’elle combat dans sa vie personnelle ?
L’épisode explore ensuite le cœur de son approche : un marketing fondé sur le consentement, la transparence, et la clarté des limites. Comment on dit non à un client qui a plus de pouvoir ? Comment on se protège quand la frontière entre professionnel et personnel se brouille ? Comment on s’autorise à créer une relation commerciale saine, même si elle implique la perte d’une opportunité ?
Valentine et Thomas ouvrent ensuite une réflexion sur les récits dominants de l’entrepreneuriat : pourquoi n’entend-on presque jamais les histoires des personnes borderline, neurodivergentes, précaires, issues de minorités, en marge des modèles héroïques vendus partout ?
L’épisode met en lumière la nécessité urgente de pluraliser les histoires, d’accepter les trajectoires non linéaires, d’inclure la santé mentale, les réalités financières fluctuantes et les choix qui ne collent pas aux canons du “bon freelance”.
Enfin, ils questionnent la place du ralentissement, de la marginalité, du soin, et de l’expérimentation dans un business éthique. Ce n’est pas de la fragilité : c’est une stratégie de survie.
Chapitres de l’épisode
00:00 – Pourquoi cette conversation est essentielle pour les freelances
00:22 – Déconstruction du modèle entrepreneurial dominant et féminisme
01:25 – Consentement, violences systémiques et santé mentale
05:21 – Du personnel au politique via #MeToo
10:14 – Récits collectifs et création de contenu vulnérable
16:08 – LinkedIn et l’évolution des récits
21:22 – Rapports de domination & alignement entrepreneurial
27:25 – Dire non, poser ses limites, protéger la relation
32:18 – Clôturer une collaboration avec soin
35:02 – Consentement, marketing éthique et vente
40:16 – Quels récits manquent encore ?
53:04 – Représentation, communautés et pouvoir du récit
56:23 – Biais d’influence et techniques manipulatrices
1:07:05 – Urgence, précarité et nécessité de ralentir
1:12:11 – À quoi ressemblerait un monde où ton activité n’a plus lieu d’être ?
1:15:20 – Le fil rouge personnel
1:15:59 – Où suivre Valentine Lagand
Idées clés à retenir
– Le marketing éthique n’est pas une posture : c’est une pratique concrète ancrée dans le consentement et la transparence.
– Les récits dominants invisibilisent les personnes les plus vulnérables ; raconter d’autres histoires est un acte politique.
– Dire non est un acte entrepreneurial et relationnel : une limite posée protège les deux parties.
– Le marketing toxique repose sur la manipulation des biais d’autorité, de rareté et de pression émotionnelle ; il est possible de vendre sans y recourir.
– Parler de santé mentale, de précarité, de fragilité, c’est créer des modèles plus réalistes et plus soutenables pour les freelances.
– Le ralentissement est une stratégie, pas un aveu d’échec.
Citations
« Poser ses limites, c’est pro. Si tu ne respectes pas ta limite, tu vas le faire payer à l’autre, même inconsciemment. »
« On a besoin de nouveaux récits. Pas seulement de ceux qui finissent en xK par mois. »
« Il y a une grande capacité à raconter ma vie, mais surtout à rendre visible des choses que personne ne raconte. »
FAQ
1. Qu’est-ce que le marketing éthique pour freelances ?
C’est une approche qui privilégie la transparence, le consentement, la clarté des limites et refuse les techniques de manipulation ou de pression.
2. Comment poser ses limites avec des clients sans perdre en professionnalisme ?
En explicitant tes besoins, en cadrant la relation dès le début et en acceptant que dire non protège la collaboration plutôt que de la fragiliser.
3. Quel lien entre marketing éthique et féminisme ?
Valentine montre que de nombreuses techniques de vente reproduisent des dynamiques de domination ; un marketing féministe vise à les désamorcer.
4. Est-il possible de concilier marketing, santé mentale et authenticité ?
Oui, en intégrant la vulnérabilité, le soin, des récits nuancés, et en refusant les injonctions de performance qui invisibilisent les réalités vécues.
