Tu te poses la question que tout le monde se pose : est-ce possible de quitter les réseaux sociaux ? De mon côté, j'ai vécu les deux côtés de la réponse.
Le 16 février 2026, je publiais un article un peu provocateur, je quitte les réseaux sociaux alors que mon business en dépend, et je coupais tout. LinkedIn, Instagram, tout le tintouin. Sept mois plus tard, me voilà de retour sur LinkedIn.
Alors voilà ma réponse directe, avant de te raconter les coulisses : la question est mal posée.
Pour un entrepreneur, il ne faut pas à mon sens se demander si on doit ou si on peut quitter ou rester sur tel ou tel réseau, mais plutôt à quel point nous sommes propriétaires de notre audience.
Qui contrôle la relation que tu tisses avec tes lecteur·ices, toi ou un algorithme ?
Si tu peux joindre les personnes qui te suivent sans passer par la plateforme, les réseaux deviennent un choix stratégique parmi d'autres. Si tu ne peux pas la faire, et qu’un réseau social est ton seul canal de communication, tu as un problème de dépendance à un outil qui ne t’appartient pas.
Pour t’aider à réfléchir à tout ça, voici le bilan complet de mes 7 mois loin des réseaux sociaux : ce que ça a apporté à mon business, ce que ça m'a coûté, et pourquoi je reviens aujourd'hui avec une tout autre stratégie.
Pourquoi j'ai quitté les réseaux sociaux alors que mon business en dépendait
En février, quand j’ai décidé de partir, mon grand sujet c'était la qualité de mon attention. Je sentais que je n'arrivais plus à me concentrer comme avant, que j'étais éparpillé dans tous les sens.
Mon premier réflexe chaque matin en ouvrant mon ordinateur était le suivant : il faut que je crée mon post LinkedIn et Instagram.
Derrière ça, mon podcast, mon site, mes articles, ma liste mail... tout ça arrivait en fin de chaine parce que l’algorithme des réseaux sociaux devait être nourri.
Je priorisais les mauvaises choses, et je n’arrivais pas à avancer sur le fond.
Le déclic, c'est la lecture d'On vous vole votre attention de Johann Hari.
Sa thèse est sans appel : ton attention ne s'est pas effondrée par hasard, elle a été volée, consciencieusement, par des business models dont le carburant c'est ton temps de cerveau.
Il cite une étude qui m'a glacée :
en 1986, un être humain moyen recevait l'équivalent de 40 journaux d'information par jour. En 2007, on en était à 174 journaux par jour.
Ajoute à ça les enjeux de polarisation démocratique que tout le monde connaît maintenant, et tu comprends pourquoi je ne voulais plus nourrir les algos…
Et puis il y avait l'enjeu stratégique de mon entreprise qui me donne du fil à retordre depuis des années : ma liste mail ne grandissait pas. Je stagne à environ 4000 abonnés sans réussir à développer au delà.
Je le répète souvent mais c'est central : les réseaux sociaux ne t'appartiennent pas. Tu es locataire de ton espace sur LinkedIn ou Instagram. Ton audience ne t'y appartient pas, et tu ne peux pas la sortir de la plateforme facilement.
Un·e entrepreneur·e qui ne peut joindre ses client·es que via un terrain loué n'est pas libre de sa stratégie. Pour corriger ça, la liste e-mail est un actif clé dans lequel investir. Je répète ça tous les jours à mes client·es, mais je n’arrivais plus à le faire pour moi.
Il y a bien d’autres raisons pour lesquelles j’ai décidé de quitter les réseaux, mais je vous laisse les lire dans cet article dédié que j’ai écrit en début d’année.
Ce que 7 mois sans réseaux ont fait à mon business
Commençons par le positif, parce qu'il est énorme :
- Premier gain : du temps et de l'espace mental, et c’est précieux ! Avec cet espace, j'ai lancé des projets qui dormaient dans un coin de ma tête depuis des lustres. Notamment un programme d'affiliation avec mes ancien·nes client·es pour promouvoir nos bootcamps et notre mastermind, avec une part fixe (une rémunération pour chaque nouvel inscrit à la newsletter) et une part variable (si la personne s’inscrit). Des mois plus tard, les premiers résultats sont là, et je suis content de ces premières expérimentations.
- Deuxième gain : on a mis le paquet sur le nouveau site internet et la migration de tous mes anciens articles, avec de l'optimisation pour le référencement naturel. Mes contenus profonds, ceux qui construisent une relation sur la durée, ont enfin eu la priorité sur les publications qui meurent au bout de 24 heures sur Instagram.
- Troisième gain, le plus personnel : j'ai retrouvé une attention que je croyais perdue. Cette sensation de trucs extérieurs qui se battent en permanence pour voler mon focus, elle a drastiquement diminuée. Je travaille plus sur du fond, avec beaucoup plus de recul.
- Et dans ma création de contenu j’ai pu inverser un réflexe très frustrant : avant, je créais pour les réseaux d'abord, et je m'occupais de mes canaux propriétaires avec les miettes. Pendant ces 7 mois, j'ai créé en priorité pour mes canaux à moi : le site, le podcast, la newsletter.
Toutes ces choses ont été très positives.
Ce que la pause m'a coûté : mon levier de répétition marketing
Et pourtant, il y a un mais. Un gros.
Quand tu as une information à faire passer auprès de ton audience (par exemple le récent lancement en beta-test de notre bootcamp sur l’IA), une newsletter ne suffit pas.
Certaines personnes ne l'ouvriront pas, d'autres la liront en diagonale et louperont l'info clé, d'autres seront en vacances et verrons 40 newsletters non lues dans leur boite mail et plutôt que de les lire vont tout supprimer).
En marketing, on apprend ça dès les premiers cours : un message doit être répété pour être perçu et compris.
C'est la base de la publicité, au point que le milieu parle d'une fameuse règle des 7 : en moyenne, une personne doit être exposée environ 7 fois à un message avant de passer à l'action. Une seule exposition, ça ne marche presque jamais.
Mon principal problème en quittant LinkedIn et Instagram, c’est que je m'étais enlevé mon principal outil de répétition dans mon écosystème marketing.
La preuve concrète : quand j'ai lancé mon bootcamp sur l'intelligence artificielle, distribuer l'info sans réseau social, c'était un parcours du combattant. Bombarder ma newsletter d'un mail par jour ?
Très mauvaise idée (sauf si le deal de base était celui-là et que tes lecteur·ices ont choisi ce format en conscience), une partie de l'audience se désinscrit, et tu sacrifies une partie de tes abonnés pour avoir de la répétition sur les autres.
Dans ton système marketing, il est impératif de comprendre que tous tes canaux ne jouent pas le même rôle.
- La newsletter, c'est le repas complet : du contenu approfondi, à un rythme maîtrisé, pour construire une relation de choix avec tes lecteur·ices.
- LinkedIn, ce sont des chips à l'apéro : du contenu rapide, quotidien, qui tombe pendant que tu scrolles (et qui permets de répéter avec plein d’angles différents).
Sans mes réseaux, je ne savais plus tout à fait comment faire pour avoir suffisamment de répétition et de couverture de mon audience. C’est donc une des principales raisons pour lesquelles je reviens en ce moment sur LinkedIn.
Pourquoi je reviens sur LinkedIn, et pas sur Instagram
Si je reviens, pourquoi est-ce que je reviens seulement sur LinkedIn ?
Mon objectif principal, c'est la répétition et la capacité à couvrir toute mon audience : répéter un message sous plusieurs angles auprès d'un maximum de personnes qui me suivent déjà.
Et pour ça, je vais là où mon audience est la plus concentrée : 23 000 abonné·es sur LinkedIn, contre 8 à 9 000 sur Instagram. J’essaie de centraliser mon énergie à l’endroit le plus pertinent.
La deuxième raison, c'est le coût de production. Sur Instagram, il faut du visuel, de la vidéo, des carrousels optimisés. Sur LinkedIn, un texte et de temps en temps une image suffisent. Je veux que ce soit une plateforme de distribution, pas une usine à gaz.
Je choisis l'endroit où c'est le plus simple pour moi de publier.
J'ai aussi envisagé Substack, que plusieurs personnes m'ont suggéré. Mais sur Substack, je n'ai pas d'audience : 50 abonné·es contre 23 000 sur LinkedIn. Y aller, ce serait reconstruire une audience, pas répéter auprès de celle qui existe.
Peut-être que je chercherai à le faire dans le futur, mais à court terme ce sont deux enjeux complètement différents.
La nouvelle stratégie : LinkedIn comme plateforme de distribution
Voilà les ajustements que j'ai décidé de mettre en place dans ma stratégie de "retour sur LinkedIn" :
- Je ne crée plus rien "pour" LinkedIn.
Je produis d'abord pour mes canaux propriétaires : le podcast, les articles du site, la newsletter. Et de cette production, j'extrais des éléments à distribuer sur LinkedIn. LinkedIn arrive en fin de chaîne, pas au début de ma journée.
- Deuxième règle : je ne mesure plus aucun KPI sur LinkedIn.
Pas de vues, pas de likes. Ce que je regarde, c'est combien de personnes rejoignent la liste mail, écoutent le podcast, visitent le site. Si ce que je fais sur LinkedIn ne fait pas bouger ces indicateurs-là, je changerai d'approche.
- Troisième règle, la plus importante : chaque post que je publie a une visée de conversion hors de LinkedIn.
Actuellement, je promeus très activement la communauté (tu peux créer un compte gratuit et rejoindre un club local près de chez toi) et notre bootcamp sur l'IA pour les entrepreneur·es progressistes. Chaque publication que je fais en ce moment renvoie vers ces espaces-là.
Et honnêtement, le contexte s'y prête : selon l'étude Algorithm Insights reprise par Leptidigital, la portée organique des posts textuels sur LinkedIn a chuté de 35 % en 2024. Nourrir l'algorithme pour l'algorithme n'a jamais eu aussi peu de sens.
Utiliser la plateforme comme un simple relais de distribution vers des canaux qu'on possède, si, même si la performance de ces publications a chuté.
Mon espérance, c'est que ce réajustement stratégique me permette de profiter de la portée et la répétition qui est possible sur les réseaux pour petit à petit consolider mes canaux propriétaires comme mon site et ma newsletter.
Ma réponse à "peut-on quitter les réseaux sociaux quand on est entrepreneur ?”
Après ce cycle complet, le départ, la pause, le retour, voilà comment je vois les choses.
Le critère de décision qui compte à mes yeux est le suivant : est-ce que tu es locataire ou propriétaire de la relation avec ton audience ?
Pose toi cette question pour faire le test :
si demain la plateforme que tu utilises (Instagram, TikTok, LinkedIn, …) ferme ton compte, ton business survit-il ?
Si la réponse est non, ton problème n'est pas de savoir s'il faut quitter les réseaux sociaux.
Ton problème, c'est que ton business n'a pas de canal direct et propriétaire vers ses prospect·es et ses client·es.
Il faut impérativement le construire, et utiliser tes réseaux comme un pont vers tes canaux propriétaires.
Si tu possèdes déjà ces canaux, et qu’ils fonctionnent, alors peut-être qu’il existe d’autres manières de les nourrir qui ne dépendent pas de l’algo d’un réseau social.
Il y a aussi une deuxième chose que je veux dire clairement dans cet article : aucune décision entrepreneuriale n'est finale.
En février, j'ai fait 3 pas dans une direction. Aujourd'hui, je fais un pas en arrière. Ce n'est pas un échec à mes yeux, même si on peut croire que je fais marche arrière. En réalité, je vois cette décision comme une progression : j'ai testé une hypothèse radicale, j'en reviens avec des données qui viennent directement de mon expérience, et j'ajuste.
Quand on dirige une entreprise, on cherche le juste équilibre à chaque moment par rapport à notre compréhension du réel et des enjeux de notre boîte. C’est dangereux d’essayer de trouver “la posture parfaite” à garder à tout prix pour le restant de sa carrière, ça n’existe pas.
Donc on teste, on mesure, et on ajuste.
Tu n'as donc pas à copier ma décision. Mon équation à moi est différente de la tienne : plus de 20 000 personnes me suivent sur LinkedIn, mon business vend de l’accompagnement et à besoin de volume récurrent de nouvelles personnes, j’ai des canaux propriétaires déjà construits (même si je dois les développer encore), …
Ta réalité est différente, et donc ta posture face aux réseaux sociaux n'a aucune raison d'être identique en tout point à la mienne.
J’espère néanmoins que ce partage d’expérience t’aide à réfléchir.
FAQ - Quitter les réseaux sociaux, c’est possible ?
Pourquoi quitter les réseaux sociaux quand on est entrepreneur ?
Pour deux raisons principales : reprendre le contrôle de ton attention (ton premier outil de production) et de ta relation avec tes clients. Les réseaux sont des terrains loués où tu travailles en partie gratuitement pour les plateformes. En revanche, quitter ne veut pas dire couper le contact avec ton audience, ça veut dire déplacer la relation vers des canaux que tu possèdes.
Est-ce qu'on peut faire tourner un business sans réseaux sociaux ?
Oui, mais pour faire autrement. Il faut remplacer le levier de répétition que les réseaux fournissent : partenariats, programme d'affiliation, référencement naturel, publicité, communauté. Sans un de ces moteurs, tes messages ne toucheront qu'une fraction de ton audience.
Quels sont les effets d'un arrêt des réseaux sociaux ?
Dans mon expérience sur 7 mois : une attention et une concentration nettement meilleures, du temps libéré pour des projets de fond, une relation apaisée aux plateformes. En contrepartie : moins de répétition de tes messages, donc des lancements plus difficiles à faire passer.
Comment faire une pause des réseaux sociaux sans casser son business ?
D'abord, bascule ta production vers tes canaux propriétaires avant de partir. Ensuite, préviens ton audience et donne-lui un autre rendez-vous (newsletter, podcast, communauté). Puis mesure ce qui se passe réellement sur tes indicateurs à toi, pas les vues de la plateforme.