Les clés d'une bonne posture d'accompagnement - avec Laura Besson

Épisode 99 du podcast Young, Wild & Freelance.

On voit le titre de « coach » fleurir à toutes les sauces dans l'écosystème entrepreneurial, à tel point qu'on ne sait plus exactement ce qu'il recouvre.

Mais la question de la posture d'accompagnant·e va bien au-delà d'un titre : c'est le fondement qui sépare un accompagnement juste d'un accompagnement qui projette, déborde ou manipule. Que tu sois coach déclaré·e, consultant·e, thérapeute, ou simplement freelance dont le métier inclut une dimension d'accompagnement client, ta posture est aussi importante que ta compétence technique ou ta boite à outils.

Dans cet épisode du podcast, j'ai longuement discuté avec Laura Besson, fondatrice de Bien dans ta boîte et voix du podcast éponyme. Laura travaille à la croisée du coaching, de la psychologie et de la systémique. Voici ce qu'elle m'a appris sur ce qui fait une posture d'accompagnant·e saine, et sur ce qui, au contraire, peut faire déraper.

Pourquoi la posture d'accompagnant·e n'est pas un détail de métier

La Fédération Internationale des Coachs (ICF) définit le coaching comme un partenariat qui accompagne le client vers ses propres réponses, par opposition à une relation d'expert qui apporterait des solutions. Cette distinction n'est pas sémantique : elle détermine toute la posture. Un accompagnant qui apporte ses réponses fait du conseil ; un accompagnant qui aide à faire émerger les réponses du client sans les orienter fait du "coaching".

Le global coaching study de l'ICF publié en 2025 recense 122 000 professionnels recensés et note que 77% des spécialités déclarées relèvent du "coaching business" (leadership, exécutif, carrière, équipes, …). Dans ce contexte de développement du marché et de multiplication des profesionnels qui proposent de l'accompagnement entrepreneurial, la posture devient le principal critère qui distingue l'accompagnement juste du conseil déguisé en coaching.

Avoir une bonne posture d'accompagnant, c'est savoir rester "à sa place" d'accompagnant. C'est le fondement psychique et relationnel qui détermine si ton accompagnement aide vraiment ton client à faire son propre chemin durable, ou si tu projettes tes propres blessures, croyances, et constructions du monde sur lui.

Coach, thérapeute, consultant : comprendre les différences pour mieux accompagner

L'un des points les plus éclairants de ma conversation avec Laura porte sur la frontière entre coaching et thérapie. Voici les distinctions clés :

  • Le consultant délivre des conseils pratiques tirés de son expérience. Il a une posture d'expert "sachant".
  • Le coach accompagne sans conseils directs, en aidant le client à trouver ses propres réponses à partir de son expérience. Il n'y a pas de projections sur la "bonne manière" de faire par l'accompagnant, c'est le client qui tranche. Il adopte une posture de partenariat pour guider avec les bonnes questions et reformulations.
  • Le thérapeute travaille sur les freins psychiques et les systèmes inconscients, souvent en remontant au passé. Il a une posture de soin.

La thérapie travaille sur le passé pour résoudre des souffrances ; le coaching part du présent pour construire l'avenir. Confondre les deux peut se réveler problématique : un coach qui s'aventure sur le terrain thérapeutique sans formation adaptée prend des risques, pour son client et pour lui-même.

De la même manière, le coaching et le consulting n'exploitent pas du tout les mêmes postures et méthodes d'accompagnement, et ont donc des objectifs bien distincts.

Une posture de coaching aidera par exemple davantage son client à se sentir propriétaire de ce qu'il produit, là ou une posture de conseil peut certes donner une stratégie pertinente face à une situation, mais il y a un risque que la personne qu'on accompagne n'arrive pas à en faire sienne.

La posture juste, c'est savoir jusqu'où on va et comment poser le bon cadre relationnel avec la personne qu'on accompagne, et, dans certains cas, savoir renvoyer vers un autre professionnel quand la mission sort de son périmètre de compétence.

C'est aussi savoir parler le même langage que nos confrères et consœurs quand il y a besoin de faire des réorientations d'urgence.

La fonction contenante : le cœur de la posture d'accompagnant·e

Laura introduit dans l'épisode un concept central en psychologie : la fonction contenante. C'est la capacité d'un accompagnant à créer un espace sécurisé, délimité par un cadre clair, où le client peut être accueilli sans jugement, avec bienveillance.

« La fonction contenante permet de sécuriser le bénéficiaire qui sent qu'il a ici un espace délimité, avec des limites strictes, il y a un cadre, et ce cadre-là, il est sécurisant. Si ce n'est pas contenu, c'est insécurisant. » — Laura Besson

Quand cette fonction fait défaut, tout déraille. Côté client : pas de sécurité, pas de croissance possible, parfois même un sentiment de confusion accrue. Côté accompagnant : tu t'insécurises toi-même, tu prépares tes séances pendant des heures pour anticiper tout ce qui pourrait mal se placer, et tu deviens toi-même insécurisant pour ton client.

La fonction contenante n'est pas un don inné, et elle fait pleinement partie d'une bonne posture d'accompagnement. C'est une compétence qui se travaille, notamment en supervision. La supervision est d'ailleurs quasi obligatoire dans toutes les recommandations professionnelles du coaching, parce que tenir un espace d'accompagnement sans engager tes propres émotions n'est pas facile, mais c'est indispensable pour la discipline du coaching.

La carte du monde vs le territoire : pourquoi projeter est dangereux

Le concept le plus puissant de cette conversation, c'est la distinction entre carte du monde et territoire, empruntée à l'approche systémique. En résumé :

  • Moi Thomas, j'ai une carte du monde dans ma tête : mes valeurs, mon système identitaire, mes croyances, mon répertoire comportemental. Cette carte me permet de décrypter le territoire (le monde qui m'entoure, l'écosystème des créateurs de contenus, etc.).
  • Mes client·es en coaching ont leur propre carte du monde. Différente de la mienne.
  • Projeter, c'est calquer ma carte sur le territoire de les clientes. Ça encombre leur sphère psychique au lieu de l'éclaircir (ce qui entre autre le but du coaching : éclaircir le terrain).
« Notre travail à nous, me semble-t-il, dans la posture, c'est justement de faire fi de notre carte du monde. C'est ça le vrai travail de l'empathie. » — Laura Besson

L'empathie n'est pas la compassion, ni la sympathie, ni un don qu'on a en claquant des doigts. C'est la capacité à investiguer ta propre carte du monde suffisamment pour pouvoir, en empathie, regarder la situation que vit ton client à travers sa carte à lui, y compris si elle repose sur des croyances qui te paraissent absurdes.

C'est pour ça que l'accompagnement est intrinsèquement lié au travail sur soi. Tu ne peux pas accompagner plus loin que ta propre clarté intérieure. Comme le souligne Carl Rogers, l'humain tend naturellement vers sa « version idéale » (et non « la meilleure version de soi-même », expression que Laura rejette). Ta mission, c'est de ne pas encombrer ce processus avec tes projections.

Systémique : vos choix pro sont influencés par vos systèmes

L'approche systémique, telle que la pratique Laura, propose un changement de paradigme. Plutôt que de demander « comment changer ? » ou « pourquoi on en est là ? », la question devient : comment ça se fait qu'on n'a pas quelque chose de différent aujourd'hui ?

La nuance est fine mais elle ouvre un tout autre champ. Selon l'approche de Reynaldo Peronne en systémique, on distingue :

  • Les changements de niveau 1 : modifier des répertoires comportementaux, cognitifs ou émotionnels à l'intérieur du même cadre. Très utile quand le système nous convient et qu'on veut l'améliorer.
  • Les changements de niveau 2 : changer de cadre lui-même. Nécessaire quand le système lui-même est le problème.

Beaucoup de coachs font du niveau 1. C'est utile, mais insuffisant sur les grandes thématiques (affirmation de soi, poser ses limites, positionnement). Si ton client a déjà essayé d'être « en dessous » puis « au-dessus » du curseur d'affirmation, et que ça n'a rien résolu, c'est qu'il faut changer de système, pas de curseur.

Vos choix pro sont ainsi influencés par une multitude de systèmes : famille, école, société, genre, classe sociale, écosystème business. Prendre conscience de ces déterminismes est la clé pour accompagner plus justement, et pour cesser de culpabiliser le client pour des blocages qui viennent de systèmes, pas de son insuffisance personnelle.

Le mythe du « quand on veut, on peut »

L'épisode aborde un mythe central dans l'écosystème entrepreneurial : le « quand on veut, on peut ». Cette croyance, largement répandue dans les milieux indépendants, mérite d'être questionnée.

Comme le rappelle Laura en s'inspirant des travaux du sociologue Pierre Bourdieu, tout le monde ne part pas avec les mêmes chances. Les déterminismes sociaux (famille, genre, classe, éducation) façonnent ce que tu crois possible, et même ce que tu crois désirable.

  • La liberté totale en freelance ? Un mythe partiel. Tes choix sont filtrés par des systèmes invisibles.
  • La croissance à tout prix ? Une injonction culturelle, pas une obligation naturelle.
  • La « meilleure version de soi-même » ? Une formulation que Laura rejette, lui préférant la « version idéale » de Carl Rogers, subjective et non normative.

Reconnaître ces conditionnements n'est pas victimiser l'entrepreneur. C'est au contraire lui redonner une marge de manœuvre réelle, en cessant de culpabiliser pour des blocages qui viennent de systèmes, pas de son insuffisance personnelle.

L'entrepreneuriat comme acte politique

L'un des passages les plus stimulants de la conversation porte sur la dimension politique de l'entrepreneuriat. Pas politique politicienne, mais politique au sens fort : chaque choix d'accompagnement, chaque posture, chaque mot porte une vision du monde.

« Quand on entreprend, quand on accompagne, on fait de la politique, même si on ne fait pas forcément de la politique politicienne. L'intime est par essence politique. » — Laura Besson

Refuser la « loi du plus fort », défendre une certaine idée du collectif, accompagner avec bienveillance plutôt qu'avec la performance brute : ce sont déjà des actes politiques. Chaque entrepreneur qui choisit une posture d'accompagnement juste participe à construire une société plus consciente, à son échelle.

C'est pour ça que la question « en quoi tu crois ? » est centrale. Tes convictions profondes s'infusent dans ton entreprise, dans tes offres, dans ta communication, dans ta posture client. Même de façon infime. Et c'est peut-être le travail le plus important que tu puisses faire en tant qu'accompagnant·e : clarifier ce en quoi tu crois, pour l'incarner dans ta pratique.

FAQ : posture d'accompagnant·e

Quelle est la différence entre un coach, un thérapeute et un consultant pour un freelance ?

La différence réside dans la posture : le consultant délivre des conseils pratiques (posture d'expert), le coach accompagne sans conseils directs en aidant à trouver ses propres réponses (posture de partenariat), le thérapeute travaille sur les freins psychiques et systèmes inconscients (posture de soin). Confondre ces postures crée des risques pour le client et pour toi.

Comment éviter de projeter ses propres croyances sur ses client·es ?

La clé est la fonction contenante : accueillir l'autre sans déverser ta propre « carte du monde », en te formant à l'empathie véritable et en travaillant tes angles morts, notamment en supervision. Projeter n'est pas un défaut moral, c'est un phénomène humain inévitable. Mais c'est ta responsabilité d'un·e coach professionnel·le de le réguler.

Comment le système (société, famille, héritage) influence-t-il mon business de freelance ?

Tes choix, valeurs et limites sont fortement influencés par ton éducation, ton genre, ta classe sociale, ton écosystème pro. Prendre conscience de ces déterminismes te permet de dépasser l'injonction « quand on veut, on peut » et de retrouver une marge de manœuvre réelle, sans culpabilité.

Faut-il un diplôme pour être coach ?

Légalement, le titre de coach n'est pas protégé en France. Mais Laura insiste : un parcours de formation reste pertinent, ne serait-ce que pour connaître la différence entre un psychologue, un psychothérapeute et un psychiatre, savoir réorienter en cas de besoin, et parler le même langage que les confrères. La formation, ce n'est pas que récupérer de la théorie : c'est construire un socle de sécurité qui te permet ensuite d'explorer.

Accompagner des personnes sur leur bien-être en freelance, c'est politique ?

Oui. Chaque acte d'accompagnement, chaque posture, chaque mot porte une vision du monde. Refuser la « loi du plus fort » ou défendre une certaine idée du collectif, c'est déjà faire de la politique, bien plus qu'on ne l'imagine.

Retrouver Laura Besson

Laura est active sur LinkedIn, Instagram et sur son site biendanstaboite.fr. Elle anime le podcast Bien dans ta boîte, dédié au bien-être des entrepreneurs.

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