Se faire connaître sans publicité : comment les freelances mutualisent leur visibilité

Tu connais forcément ce moment où tu postes quelque chose sur tes réseaux après avoir bossé dessus toute la soirée. Tu relis, tu ajustes le visuel, tu cliques sur publier. Et là, tu rafraîchis l'écran... Douze vues (dont ta mère, ton pote et probablement un bot IA qui a même pas pris la peine de commenter.) La semaine suivante, un contenu que tu trouvais tout pourri décolle. Et personne, jamais, ne saura t'expliquer pourquoi. C'est la joie des réseaux sociaux…

Si ça te parle, je vais te dire un truc qui m'a pris des années à formuler : se faire connaître sans publicité en 2026, quand tu bosses seul·e et que tu n'as pas un budget immense à investir, ça ressemble à un jeu dont tu n'as pas les règles.

Avoir de la visibilité pour beaucoup d'entrepreneur·es ça dépends de 2 choses : ta capacité à mettre des euros sur la table (et payer de la pub), et le bon vouloir des algorithmes des réseaux sociaux qui décident si ton travail sera vu ou pas.

Mais est-ce qu'on est réellement contraintes à devenir des influenceurs des réseaux qui dansent sur TikTok si on veut que nos business se développent ? J'ose espérer que non.

Pour t'offrir une réponse alternative, j'ai fait ce que je fais de mieux : j'ai attrapé le micro et j'ai invité quelqu'un qui a construit autre chose. Charles Davignon est le co-créateur du Cabinet des Curiosités, la plus grande collaboration d'entrepreneur·es francophones sur internet : plus de 100 freelances et indés qui mutualisent leur visibilité chaque année.

La thèse qu'il défend, et qu'on explore ensemble dans cet épisode : collaborer est LA méthode la plus accessible et directe pour élargir ta visibilité et décrocher de nouvelles opportunités business.

Dans cet épisode on décortique comment ça se passe concrètement, les coulisses de l'organisation d'une collaboration à +100 personnes comme ça, et comment tu peux mettre ton premier pas sur ce chemin de la collaboration entre entrepreneur·es.

Le jour où tu réalises qu'une poignée d'entreprises décide de ta visibilité

Quand on veut lancer sa boite et se faire découvrir, il y a ce réflexe historique qui existe : "il faut que je fasse de la publicité". Pour ça il y a plein de leviers qui existent, mais celui qui s'est le plus répandu dans l'écosystème de l'entrepreneuriat en ligne c'est bien la publicité digitale sur les réseaux sociaux, notamment Instagram et Facebook.

Pour acheter de la publicité et de la visibilité sur Meta (l'entreprise qui est derrière Insta et Facebook) aujourd'hui il faut être prêt à accepter que la facture grimpe très vite…

Le CPM (coût pour mille impressions) moyen d'Instagram aux États-Unis a atteint 9,46 $ au deuxième trimestre 2025 selon eMarketer, et ça monte sur toutes les grandes plateformes. Quand tu démarres, 9,46 $ pour 1000 vues, sachant que tu n'as aucune garantie qu'une seule de ces vues deviennent une vente, c'est un budget conséquent misé sur une loterie…

Et si tu n'as pas les moyens de payer pour être vu ? Tu retournes te battre avec les algorithmes pour faire décoller ton compte sur les réseaux. Là aussi, les statistiques en 2026 ne sont pas folles…

Publie aussi régulièrement que tu veux, la portée organique d'une page Facebook moyenne oscille entre 1 et 2 % de ses abonnés en 2025 selon Hootsuite. Lis ce chiffre une deuxième fois : 98 % des gens qui ont dit "oui, je veux te suivre" ne voient jamais ce que tu publies.

Alors oui, une page Facebook n'est peut-être pas le meilleur outil à utiliser en 2026 quand on compare sa portée avec un compte personnel sur LinkedIn ou un compte TikTok, mais peu importe le réseau social que tu choisis, tu es toujours face à la variabilité rageantes des algorithmes. Même avec 20 000 abonnés, je fais parfois moins de 1000 vues…

Charles le formule de façon chirurgicale dans l'épisode :

"on dépend énormément du bon vouloir de quelques algorithmes qui sont dans les mains de quelques très grandes entreprises américaines, et qui veulent bien décider si aujourd'hui ta vidéo sera vue ou pas, peu importe l'effort que tu mets."

Moi, j'ai passé le début de l'année 2026 à me demander si j'avais vraiment envie d'investir autant d'énergie mentale dans des boîtes noires pareilles… J'ai même tenté de tout quitter!

Heureusement, il existe d'autres approches marketing qui peuvent être plus pertinentes comme l'approche de la collaboration que Charles expérimente depuis des années maintenant.

La collaboration ne mutualise pas que la visibilité, elle mutualise la confiance

Quand on pense "collaboration entre freelances", on imagine un échange de visibilité : tu partages mon post, je partage le tien. Et c'est vrai que c'est déjà un super avantage, puisqu'on mutualise nos audiences, la portées de nos réseaux respectifs, et le travail investi pour créer du contenu. Mais il n'y a pas que la visibilité qu'on mutualise quand on collabore avec d'autres entrepreneur·es.

Charles m'a expliqué que le Cabinet des Curiosités ne fait pas juste regrouper des efforts : il regroupe aussi toute la confiance que chacun·e a construite auprès de sa communauté.

Quand ton audience découvre un projet auquel tu participes, elle n'arrive pas devant des inconnus, elle arrive en confiance. Et cette confiance se propage : si quelqu'un te découvre grâce à une autre personne en qui elle a confiance, mécaniquement elle aura davantage confiance en toi et ce que tu proposes.

Dans un projet en collaboration, chaque personne du projet met sa visibilité ET son capital de confiance sur la table commune.

Si ça te paraît un peu poétique, parlons sérieux parce que les chiffres disent la même chose : 88 % des consommateur·ices dans le monde font confiance aux recommandations de leur entourage plus qu'à n'importe quel autre canal, d'après cette enquête "trust in advertising" de Nielsen (l'enquête date de 2021, mais les humains n'ont pas changé depuis). La confiance, c'est littéralement le canal le plus puissant qui existe. Et un projet comme le Cabinet des Curiosités en organise la circulation à grande échelle.

Autre chose qui mérite d'être dit : tu n'as pas besoin d'une grosse audience pour organiser ou participer à une collaboration.

Charles m'a bien expliqué que le Cabinet des Curiosités sélectionne un mélange de profils, des grosses communautés mais aussi des expertises très pointues qui ne créent quasi pas de contenu sur internet.

D'ailleurs, Charles et son agence sont un bon exemple de ça. Ils travaillent avec une quinzaine d'entreprises à la fois et n'ont jamais eu besoin de dizaines de milliers d'abonnés. Le cabinet des curiosités ne leur apporte pas un chiffre d'affaires de fou, mais la confiance mutualisée fait la différence sur le long-terme.

Ce qui compte dans n'importe quelle collaboration entre entrepreneur·es, c'est le fait d'apporter ta pierre à l'édifice et de tout donner pour que le groupe "gagne" ensemble.

Ça peut être ton expertise, ton produit, ta capacité à coordonner, … et forcément aussi la confiance ou la visibilité que tu as déjà gagnée quelque part.

La preuve par 100 : les coulisses du Cabinet des curiosités

Concrètement, comment marche un projet pareil ?

Le Cabinet des curiosités, c'est un bundle : plus de 100 entrepreneur·es mettent leur produit dans une offre commune, vendue autour de 200 € pour environ 6 000 € de valeur totale. Chaque participant·e touche environ 50 % de commission sur les ventes générées par sa propre audience.

Et là, je vois ton objection venir, car elle revient chaque année : "les gros arrivent avec des grosses listes e-mail et vendent beaucoup, les petits font les figurants."

Charles l'assume et le sait : celui ou celle qui a une grande communauté fera plus de ventes. Mais la personne avec une petite audience gagne autre chose, peut-être plus précieux encore : sa découvrabilité.

En participant, certes le chiffre d'affaires en lancement sera peut-être plus petit, mais des centaines de personnes découvrent son produit et son expertise tout d'un coup.

Il raconte l'histoire d'une bundleliste dont une cliente, rencontrée via le Cabinet, s'est transformée en mandat de plusieurs milliers d'euros quelques mois après la fin du lancement du bundle.

Moi, j'ai vécu la même chose de l'intérieur dans les collaborations auxquelles j'ai participé. Sur le moment, ce n'est jamais moi qui ait généré le plus de chiffre d'affaires sur un lancement de bundle. Mais quand j'ai participé à l'expérience Ka-ching de Geneviève Gauvin en 2024 (dont voici un podcast debrief que j'avais enregistré), il y a énormément de personnes qui ont découvert mon existence pendant le sommet, et qui sont devenus des client·es de coaching 5 ou 6 mois plus tard. Parmi ces gens, certains me font confiance tous les mois depuis maintenant 2 ans en étant membre de notre Mastermind.

Le chiffre d'affaires généré pendant une collaboration est une chose, mais la visibilité et la confiance long-terme fait certainement une bien plus grande différence, surtout quand on n'a pas encore construit sa propre audience.

Par où commencer pour collaborer plutôt que payer de la publicité

Bon, peut-être que tu es convaincu·e qu'il est temps de te lancer dans des collaborations avec tes pairs, mais tu n'organiseras pas une collab à 100 personnes d'ici la semaine prochaine ! Personne ne te demande de commencer à cette échelle, et ce n'est pas nécessaire.

Voilà la méthode pour démarrer petit et faire tes premiers pas.

Identifier des professionnel·les complémentaires

Le premier pas, c'est d'identifier les personnes avec qui collaborer : qui, autour de toi, parle à la même clientèle que toi sans vendre la même chose ? Si tu es photographe de mariage, regarde du côté des organisateurs, des bijoutiers, des traiteurs. Même clientèle, offres complémentaires, zéro concurrence. C'est ton premier atome crochu.

Trouve une dizaine de personnes qui entrent dans cette catégorie, et essaie d'entrer en lien pour proposer de vous entraider.

Prenez la parole ensemble

Une fois la personne trouvée, l'idée va être de publier un premier contenu commun, en commençant tout petit : un carrousel publié sur 2 comptes instagram, un live à deux voix, un épisode de podcast ou une vidéo, …

L'idée de ces publications croisées, c'est de mutualiser vos audiences et vos visibilités pour élargir votre cercle respectif.

Je donne un petit exemple personnel pour illustrer : quand je pars en vacances sans newsletter prête, je confie celle de la semaine aux membres de mon mastermind, signée de leur nom avec leur lien. C'est du contenu pour moi (qu'on peut réutiliser sur les réseaux sociaux d'ailleurs), et de la visibilité pour eux. C'est aussi une manière pour moi d'intégrer des témoignages de manière très organique de ce qu'est le mastermind.

Structurer du partage de missions et de l'apport d'affaires

Au-delà de prendre la parole ensemble et mutualiser votre visibilité, il va certainement t'arriver d'avoir des demandes pour des missions que tu ne peux pas réaliser toi-même. Si tu as des personnes avec qui tu collabores régulièrement à qui envoyer ces missions, cela peut devenir une nouvelle source de revenus pour toi.

Tu envoies des opportunités à tes pairs, et eux n'ont pas besoin de faire le travail marketing pour cette mission là, du coup tu prends un pourcentage sur la facture. Et vice-versa.

Ce genre de dynamiques collectives permettent aussi de vendre à plusieurs des prestations et mettre son offre dans un projet commun. D'ailleurs, c'est souvent plus confortable de vendre les offres des autres, ou un projet commun, que de vendre son truc seul·e dans son coin.

Vendre les trucs des autres avec les siens est un vrai soulagement quand la vente en ligne te met mal à l'aise.

La règle commune à tout ça en revanche : la collaboration demande de l'effort. Rien n'est magique.

Comme le dit Charles, et ce sera le mot de la fin :

"La collaboration est un outil marketing qui est toujours là, toujours gratuit et qui demande seulement de l'effort."

FAQ : tes questions sur la collaboration freelance

Peut-on vraiment se faire connaître sans publicité en 2026 ?

Oui, mais pas en misant tout sur les réseaux sociaux. La portée organique moyenne tourne autour de 1 à 2 % sur Facebook : le contenu seul ne suffit plus. Le levier gratuit qui reste, c'est la collaboration : mutualiser visibilité et confiance avec des pairs qui parlent à ta clientèle, et jouer des formats partagés comme le contenu commun, les bundles ou les événements collectifs.

Comment trouver des partenaires pour collaborer en freelance ?

Commence par ton réseau existant : cherche les atomes crochus, les gens qui s'adressent à la même clientèle sans vendre la même chose. Un photographe de mariage collabore avec les traiteurs, les organisateurs, les bijoutiers. Puis propose un premier projet commun simple : un panel, un épisode de podcast, un carrousel partagé. Les communautés d'entrepreneur·es (clubs locaux, masterminds) sont aussi de bons endroits pour élargir ton cercle.

C'est quoi exactement un bundle ?

Un bundle est une offre groupée : plusieurs créateur·es réunissent leurs produits dans un seul pack vendu à prix réduit, souvent avec un système d'affiliation où chacun·e touche une commission sur les ventes générées par son audience. Le Cabinet des curiosités en est l'exemple francophone le plus ambitieux : plus de 100 produits, environ 6 000 € de valeur pour environ 200 €.

La collaboration, ça veut dire la fin de la compétition ?

Non, et c'est important. Ce qui disparaît dans une collaboration saine, c'est l'intention de nuire : voler les clients de l'autre, aller chercher son audience en privé. Le désir de faire mieux et de faire différemment reste le moteur. Il se met au service du collectif au lieu de le contredire.

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